jeudi 23 juin 2011,
par
On comprendra aisément qu’on ne puisse rendre compte ici, sur un site consacré à la danse, des pièces de Martha Moore & Felix Perrotin (explorant en tous sens et conséquences la proposition de Magritte « Ceci est une pipe ») ou de Garance Dor and Co (troupe sympathique et même photogénique mais qui a encore du travail sur… les planches, pour ce qui est du texte, du jeu proprement dit et des gags clownesques), la première relevant de la « performance » d’arts plastiques, la deuxième du théâtre cabotin stricto sensu, pas vraiment des « Utopies dansées » annoncées par la feuille de route du programme Afterskite qui a prolongé les festivités de June Events dans le Chaudron rénové et désormais géré par l’Atelier de Paris.
Pour ce qui est de Françoise Féraud, qui a donné début juin une première version de Bodum Bodum au Point FMR, c’est différent. On est dans le vif du sujet, comme on dit en Avignon : dans une danse-danse ouverte à la non-danse – mais la vraie question est-elle là ?
La chorégraphe enchaîne de belles séquences gestuelles, en citant, voire en pastichant coquassement une quarantaine de collègues de bureau, à commencer par Véronique Albert, présente dans la salle, fait la part belle à la poésie (art presque aussi exigeant que l’humour), en récitant des fragments de textes tirés de la revue Grumeaux et au jeu avec l’objet – on pense ici aux performances du regretté Stuart Sherman, qui fut sans doute le pionnier dans ce domaine.
La difficulté n’est pas dans la partie dansée – interprétée avec talent par Mlle Féraud – mais plutôt dans la réussite du collage d’éléments de diverse provenance. Sherman sortait ses objets d’une valise de camelot. Ici, la chorégraphe les a placés sur un guéridon de prestidigitateur, côté cour. Le titre, qui sonne un peu comme Padam Padam, se réfère à une fameuse cafetière à pression manuelle conçue en 1944 au Danemark. Celle-ci côtoie une bouilloire électrique, une micro-chaîne hifi MP3, les « belles feuilles » arrachées à Grumeaux, une petite torche écolo à l’huile de coude et à leds, une chaîne plastique rouge et blanche, une échelle de machinot en aluminium, un tabouret, etc. (ne manque qu’une machine Singer !).
Pas évident, par conséquent, de faire tenir ces choses délicates, fragiles et éphémères comme toute danse, réactualisées par la pure improvisation – une invention vécue et livrée en direct live. Ce sont des mots-clés notés et collectés par la danseuse qui déclenchent à distance ces actions – le temps finissant par filtrer, il n’y a pas d’autre mot, ces mouvements. Ce « cadavre exquis » défini par l’auteure comme un « solo à plusieurs » est une expérience de psychokinésie sans tricherie aucune.
Photo : Nicolas Villodre