En tournée aux Etats-Unis
Mars 2010
jeudi 25 mars 2010,
par
Le nom lui-même dit tout le programme de la compagnie fondée en 1952 par la chorégraphe mexicaine Amalia Hernandez : préserver l’héritage des danses traditionnelles mexicaines à travers leur présentation scénique par des artistes de haut niveau. Cinquante-huit ans après, cette vocation est toujours l’âme de la compagnie. Et avec elle, une fête étonnante, toujours renouvelée.
Sous tension
D’entrée une danse représentant le dialogue de l’homme et des dieux, inspirée de la mythologie aztèque, nous projette dans un espace-temps électrifié : à l’unisson, adoptant différentes configurations spatiales, une vingtaine de danseurs, tous des hommes, martèlent le sol de leurs pieds nus ; vêtus de costumes étincelants, ils se tiennent légèrement voûtés, comme pour accentuer encore le rapport à la terre.
On n’a pas le temps de dire ouf : les plus connus des airs mexicains révolutionnaires à trois temps, joués par un orchestre live, s’enchaînent, retraçant l’histoire de la Révolution de 1910 et le rôle des femmes qui ont pris la carabine. Puis ce sont des numéros de virtuosité étonnants, comme la danse du lasso, qui tient le spectateur en suspens : la corde tournoyante sans jamais toucher terre habite l’espace, mais, malgré son apparente et centrale immobilité, c’est bien le soliste qui danse… et c’est lui que rejoint la danseuse à la fin de l’histoire !
Les couleurs de la fête
Les danses frappées sont nombreuses dans la tradition mexicaine, héritières rutilantes des flamencos espagnols. Les jupes immenses se déploient, les coudes se froufroutent, les hommes s’affrontent au jeu de l’exactitude rythmique et de la virtuosité. Le thème de ces flamboiements de rythmes, de musiques, de costumes et de pas, est bien souvent la fête ; mais la danse, qui n’est pas uniforme, peut aussi prendre un tour plus narratif, comme celle, inspirée des Huastecas, qui raconte la vengeance fatale d’un fiancé lui-même infidèle contre son rival le jour de ses noces. Le même schéma est répété dans la pièce La vie comme un jeu, mais avec cette fois l’apparition de personnages allégoriques : le diable, étrange bouffon manipulateur et salace, pousse les personnages à l’amour et au combat, jusqu’à ce que la mort, sa compagne, fasse son entrée en un solo de grands battements au rythme… endiablé.
Sourdines
Si Jalisco, la pièce signature de la compagnie, et qui met en scène les traditions des Charros, des Chinas et des Mariachis, appartient au même registre, l’énergie de la fête colorée laisse parfois sa place à des tensions plus nuancées. Dans une ambiance feutrée, des femmes en collants bleutés font onduler de gros poissons au bout de hautes perches tenues à bout de bras. Le chorus d’hommes entre, et peu à peu, insensiblement, ils font un cercle autour de la pêche. Vus de dos ou cachés par les danseuses au visage mal éclairé ou dissimulé par la perche, la lumière bleuie et leurs mouvements flottants, les danseurs, torse nu, se muent en mailles brunes d’un filet animé d’une pulsation de vie. À l’autre extrême, un solo magnifique, la danse du cerf du peuple chasseur Yaqui. L’imitation de la bête aux abois, aux sabots sonores de maracas rouge vif, donne lieu à des bonds verticaux d’une vitalité extrême et puissamment contrôlée, des jeux de regards émouvants et brusques, et une gestuelle qui n’a rien à envier aux Ballets Russes. La puissance d´évocation du rituel est poussée à l’extrême par la technicité du danseur, tandis que sa capacité d’interprète restitue en un hermétisme fascinant les multiples couches de sens et le pouvoir captivant de la danse.
Tout cela tient en deux heures, avec l’impression de ne jamais reprendre haleine : sons, mouvements, costumes, lumièeres, scène, on pourrait bien dire que tous ces ‘typiques’ et ‘traditionnels’ sont surtout poudre aux yeux et aux oreilles : mais on ressort les sens enchantés, avec la douce impression qu’il brille partout, le soleil coloré du Mexique.
Tournée jusqu’au 30 mars
Renseignements : balletamalia.com
Photo : la danse du cerf du peuple Yaqui © Ballet Folklorico de Mexico