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Massachusetts

Aspen Santa Fe Ballet : néoclassique en vigueur

Avril-mai-juin 2010

lundi 24 mai 2010,
par Raphaël Blanchier, correspondant


Rendant hommage à de talentueux chorégraphes, l’Aspen Santa Fe Ballet prouve que le néoclassique nord-américain d’aujourd’hui n’est pas qu’une série d’histoires de couples avec portés dramatisés et jolis pieds pointés.

Une architecture de la relation
Dans le silence, tout commence comme un pont suspendu.Une femme au centre de la scène se déploie lentement. L’aube qui se lève sur scène, grise et brumeuse, est résolument moderne, malgré la musique d’inspiration religieuse de Sir John Tavener, et la grâce classique des interprètes. Expressivité accentuée du torse, fluidité des mouvements et des énergies, jeu sur les niveaux de l’espace viennent compléter les pas de deux, grands jetés et pirouettes sans faille. Virtuose d’une architecture de la relation, le chorégraphe Nicolo Fonte, disciple de Nacho Duato, a trouvé dans cette double compagnie basée à Aspen (Colorado) et Santa Fe (Nouveau-Mexique), des danseurs à la hauteur de sa création In Hidden Seconds. Les phrases musicales du violon règlent le flux de l’unisson des dix interprètes. Un solo, duo ou trio, semble parfois échapper à cet envoûtement, mais bientôt les autres danseurs, surgissant à travers les fentes du rideau de fond, par la simple force d’une danse parfaite, les rappellent à eux. Rêve de petite sirène. Pourtant, à chaque étape, les solistes attirés par l’avant-scène évoluent plus loin, plus seuls, plus longtemps, comme si, quoique voués aux éphémères fumées d’où ils sont venus, ils gagnaient peu à peu, par leur danse, le choix de s’en défaire. Et c’est bien ainsi que l’entend le chorégraphe, puisque la pièce se clôture sur l’affirmation étonnée d’un couple, détaché en avant de la ligne d’unisson. Fonte propose une tension dramatique toute en délicatesse et en relation, où des points de contact énergiques et presque ineffables dialoguent avec l’émergence mystérieuse de forces jaillies de la brume.

Répertoire
La seconde partie convoque le grand répertoire : Sue’s Leg de Twyla Tharp (1975), et le Pas de deux de Slingerland (Forsythe, 1990). La chorégraphie de Tharp, retour sur les années 1930, met en scène le spectre de Bill “Bojangle” Robinson et des souvenirs de Lindy Hop, entre autres déhanchements, sur des mélodies interprétées et/ou composées par Thomas “Fats” Waller. Les longues jambes du ballet voisinent avec les déhanchés sarcastiques du jazz Thirties ; les interprètes ont mis leur virtuosité au service de l’humour, en donnant une impression de naturel et de spontanéité à une danse complexe dans ses coordinations comme dans son esprit. Katherine Bolaños et Sam Chittenden ont rendu au Pas de Deux de Forsythe l’onirisme d’un duo de pénombre, cinglant et pur, construit dans une tension haletante autour d’un pivot imaginaire à base mobile, un seul pivot pour deux partenaires. Les promenades virevoltantes, les grandes fentes du danseur contrebalançant les jambes de la ballerine, en arabesque, attitude ou développé, ont constitué ce fil ténu, un équilibre parfait et toujours menacé, toujours renégocié, mais jamais dénoué.

En demi-teinte
Après des pièces aussi puissantes que brillamment interprétées, fallait-il vraiment terminer par l’humour en demi-teinte de Jorma Elo, disciple de Kylian, Mats Ek et Forsythe ? Exercices techniques, multiplication de gestes humoristiques greffés sur les schémas des pas romantiques, le style numéreux de Red Suite répond à la succession de notes de Vivaldi, mais semble en oublier le phrasé. Les jambes gigotent dans les portés et les mains frémissent à qui mieux mieux. Les danseurs en cercle ou diagonales enchaînent des “dominos” et des “miroirs” . Les motifs apparus en solo se répercutent chez tous les danseurs. Non sans un certain sens de la recette, la parallèle remplace souvent avec humour l’en-dehors attendu dans un grand porté, les angles se substituent aux arrondis, l’humour et la grâce se mélangent sans crier gare. Les sylphides sur pointes et autres êtres éthérés du ballet romantique laissent la place à des ballerines qui font semblant de toucher terre avec style, déplacées par leurs partenaires masculins. Dans le ton comme dans le traitement gestuel, on se retrouve plus, en fin de compte, du côté d’un Mark Morris que de la tradition néoclassique.

Signe indiscutable et objectif de la grande qualité des chorégraphies et des interprétations, contrairement à la parcimonieuse coutume transatlantique qui veut qu’on n’applaudisse qu’une seule fois, les danseurs ont eu droit à trois rappels !

Aspen Santa Fe Ballet à Umass Fine Arts Center (Massachusetts), le 30 avril 2010

La compagnie Aspen Santa Fe Ballet a clôturé la saison du Umass Fine Arts Center, mais sa tournée nord-américaine se poursuit jusqu’en juin !
1er mai à Providence, Rhode Island
5 mai à Portland, Maine
7 mai à Fairfield, Connecticut
14 et 15 mai à Philadelphie, Pennsylvanie
18 et 20 juin à Washington, DC, Kennedy Center

Renseignements : http://aspensantafeballet.com/index.php


P.-S.

Aspen/Santa Fe Ballet Company ©

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