samedi 8 octobre 2011,
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Nous étions venu voir Angels Margarit, ratée à Plastique Danse Flore, dans le cadre d’une séance de rattrapage au Théâtre de la Bastille. Pour le même prix, nous avons eu droit à Thomas Hauert qui partageait l’affiche avec la danseuse-chorégraphe de Terrassa dans une pièce intitulée, comme par hasard en anglais, From B to B – le combat linguistique, à Bruxelles comme à Barcelone, fait paradoxalement la part belle à la langue dominante : cette capitulation date au moins des J.O. de 1992 où les organisateurs catalans privilégièrent cette dernière, n’utilisant le français, langue officielle du mouvement olympique depuis Coubertin, que lors des remises de médailles et le castillan qu’une fois débité l’idiome régional (on ne parle même pas de l’impolitesse vis-à-vis de Juan Carlos qui fit, lui, l’effort de discourir en occitan). La question de la langue est résolue par les auteurs de la façon suivante : après un (long) prologue vidéo, en v.o. non sous-titrée, autrement dit en novlangue, ils se sont révélés polyglottes – Angels Margarit s’est exprimée en flamand, répétant avec une certaine facilité ce que lui glissait au fur et à mesure à l’oreille son partenaire de jeu (tel le Christian de Cyrano) dont elle résuma vite fait bien fait le CV, tandis que Thomas Hauert, avec l’aide de l’oreillette de son iPod (qui faisait office de souffleur), a allocutionné une sorte de volapük aux sonorités latines rendant hommage à la jeune femme.
Ainsi réglée la question de la langue, se posait encore celle du langage. La contradiction étant flagrante selon nous à la lecture de la feuille de salle : d’un côté, les auteurs présupposent que les mots ne peuvent pas tout « traduire », ce qui signifie sans doute aussi que la « physicalité » est un langage, de l’autre, ils font tout de même appel à un spécialiste des mots, le philologue Màrius Serra i Roig, qui les aide à régler une partie de leur problème en proposant une structure, un « fil rouge » ou un concept à la soirée. Le concept étant, tout simplement, mais pas si bêtement que ça, de jouer avec les mots, un peu à la manière des participants de l’émission de télévision d’Armand Jammot Des chiffres et des lettres (l’une des plus anciennes du PAF). Comme certains croyants un peu méfiants ou sceptiques qui ne mettent pas tous leurs œufs dans le même panier, Thomas Hauert et Angels Margarit ont misé sur plusieurs religions à la fois, au cas où l’une d’elles faillirait. Ils mobilisent, au passage, un romancier US autrefois très en vogue – l’Auster qui se marre. L’ami Màrius a créé un « doublet », une suite de mots plus ou moins en liberté (formés de grosses lettres découpées dans du polystyrène et du carton), en partant de « Thomas » pour arriver à « Angels » (en passant par thopas, tropas, tropes, trobes, trabes. arabes, acabes, acales, anales et angles)
On a craint le pire et redouté ce qu’on allait voir et entendre lorsque notre garde du corps nous a annoncé la playlist de la soirée, avant le commencement du spectacle – Barbara Streisand y côtoyant Jordi Savall ou Sœur Keyrouz. En réalité, le choix de la bande-son non seulement fonctionne et se révèle très efficace mais il permet aux danseurs de s’en donner à cœur joie, que ce soit dans l’improvisation ou dans l’interprétation très personnelle des chansons. Leur danse n’a a priori rien à voir – l’une est minimaliste, intense, et un peu torturée sur les bords, l’autre, exubérante, extravagante et contrôlée à la fois – mais elle finit par s’accorder. Après des passages convulsifs d’une sorte de danse de Saint Guy, tout rentre dans l’ordre et les deux singularités finissent par entrer en contact, et former un véritable duo artistique. Sur des airs joliment interprétés par Jolie Holland et Mayte Martin, Thomas et Angels oublient leur non-danse ou même tout effet contrapunctique, ironique ou parodique et se lancent dans un pas de deux aventureux, de type ou de style nouveau. Ce finale est réussi. Et convaincant.
photo : Nicolas Villodre