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Blanca del Rey : Adios tablao

jeudi 18 août 2011,
par Nicolas Villodre


Blanca del Rey, danseuse-vedette du tablao El Corral de la Moreria, interprète de la Soléa del manton, vient de faire ses adieux au music-hall et s’est produite pour la dernière fois en public, chez elle, à Madrid, et dans le cadre prestigieux du Festival del Cante de las Minas de la Union.

Blanca, qui fit ses débuts à Cordoue à l’âge de douze ans, est la veuve du créateur du Corral, qui fut inauguré en 1956 dans le quartier des Vistillas, près du Viaduc, non loin de l’Opéra. Le lieu fut fondé et animé par Manuel del Rey, que Blanca épousa à peine âgée de dix-neuf ans. L’établissement est, historiquement parlant, l’un des prototypes du tablao, un avatar madrilène du café-chantant sévillan (inventé par Silverio Franconetti au 19e siècle), du café-concert ou caf’conç parisien, un temple du flamenco - art classé patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco.

S’y sont produits les grandes figures de la musique, de la danse et du chant andalous (les portraits photographiques de Pastora Imperio, Rosario, Mariemma, Manuela Vargas, José Greco, Antonio Gadés, Mario Maya, Porrina de Badajoz, Victor Monge « Serranito » ornent d’ailleurs les murs du bar). L’ont fréquenté les VIP et autres représentants du gotha mondain : Marlène Dietrich, Lauren Bacall, Lana Turner, Ava Gardner, Nicole Kidman, Maïa Plissetskaïa, Natalie Portman, Salvador Dali, Frank Sinatra, Luis Miguel Dominguin, Omar Sharif, Marlon Brando, Rock Hudson, Burt Lancaster, Muhammad Ali, Rudolf Noureev, Mikhail Baryshnikov… El Corral de la Moreria figure d’ailleurs dans le best-seller de Patricia Schultz 1000 Places to see before you die, et est également mentionné par… le Guide Michelin (la formule de dîner-spectacle satisfait apparemment les gastronomes).

Depuis la disparition de son mari, en 2006, Blanca del Rey assurait non seulement le spectacle mais une continuité artistique garantissant un certain niveau de professionnalisme dans une activité de limonadiers, bien loin de la logique d’abattage de certains cabarets montmartrois ou barcelonais. Les serveurs sont impeccablement vêtus (en noir anar à la Ferré ou frère trois-points à la Robuchon), discrets, efficaces et leur ballet concurrence celui des artistes sur scène et/ou dans la salle (cf. les nombreuses entrées-sorties ou montées-descentes de planches).

Décrivons un peu ce lieu mythique. L’absence de sono est un un gage de réelle proximité, d’intimité et de complicité entre les artistes et le public. Un trio de guitares se charge d’exécuter les lignes mélodiques et la pompe des différents palos, mais aussi d’estomper les éventuels parasites sonores – chocs de vaisselle, cliquetis de couverts, brisures de verres, conversations pas toujours des plus intimes. Trois palmeros-cantaores les assistent. Trois-quatre belles danseuses (toutes les bailaoras sont maintenant minces et élégantes) font admirer leurs robes de gala parfaitement coupées et un soliste mâle (cette saison, Miguel Tellez, sur scène depuis ses dix ans) vient faire le paon ou sonner le parquet. Ce rituel est apparemment toujours respecté.

Blanca del Rey programme du flamenco traditionnel mais est assez ouverte à la nouveauté. Elle répondait au journaliste Alberto Palomo, en citant les chorégraphes contemporains Marcos Flores et Rocio Molina : « Parfois, ils se trompent, mais bon : ils sont jeunes. » Elle encourage à sa manière les talents émergents en les intégrant dans la troupe. Elle pense que le flamenco a toujours été synonyme d’évolution. Pourvu que ça dure.


P.-S.

Photo : Nicolas Villodre

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