mercredi 6 avril 2011,
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Durant leur résidence à l’Espace 1789 de Saint-Ouen où ils mettent au point L’Ogresse des archives et son chien, une superproduction pour dix danseurs, circassiens et musiciens, qui sera donnée en novembre 2011, Christian et François Ben Aïm et leur compagnie CFB 451 ont présenté trois pièces courtes regroupées sous l’intitulé général de Valse en trois temps, dont nous avons pu voir la seconde partie, début avril, un duo interprété par Anne Foucher et Christian Ben Aïm.
Le public de 1789 est très jeune, estudiantin voire lycéen ; il n’a rien à voir avec celui de Vanves, qui est composé en majorité de danseurs et de théâtreux parigots (pour ne pas dire bellevillois). Il était formé ce soir-là de cinéphiles audoniens à peine sortis de l’adolescence. Il faut dire qu’ils avaient fait le déplacement pour assister à la projection d’un long métrage néo-néoréaliste italien, La Nostra vita et pas spécialement pour contempler de la danse. Le programmateur ayant eu la bonne idée de remplacer le court métrage d’une séance d’art et d’essai traditionnelle par cet opus de spectacle vivant, on avait régressé, le temps de ce début de soirée, jusqu’aux années 50 et 60, âge d’or où la sortie du samedi soir avait tout d’une fête, à une époque où le 7e Art était encore un spectacle forain enrichi de numéros de music-hall et d’attractions diverses.
Après avoir psalmodié a capella un chant oriental depuis son fauteuil d’orchestre, Christian Ben Aïm rejoint Anne Foucher sur scène, par une coursive installée à cet effet, côté cour. Le danseur et sa Shéhérazade d’un soir donnent l’impression de suivre une trame narrative sous-jacente, dont nous ne savons rien encore de bien précis, qui commande une série de faits et gestes, de tâches et d’actions parfois surlignées d’un supplément pantomimique expressif, pour ne pas dire expressionniste. Les danseurs alternent leurs propres solos (ou variations) et, peu à peu, harmonisent des styles fort différents.
Les contraires s’attirent et finissent même par fusionner dans ce pas de deux contemporain on ne peut plus singulier. Le jeune gens calme ses ardeurs, arrondit les angles les plus raides ou rudes, se relâche et dose comme il faut son énergie. La jeune femme nous est apparue, d’emblée, élégante et gracieuse. Ses mouvements sont moelleux et tombent toujours juste. Elle est brillante, souple, plastique et elle finit par révéler aussi sa puissance athlétique.
Indifféremment, alternativement, aisément, les deux danseurs se font porteurs ou sont portés l’un par l’autre, deviennent actifs ou passifs, tantôt sujets, tantôt objets chorégraphiques.
La bande son jazzy de Xploding Plastix, « Sports, Not Heavy Crime », si nos informations puisées à la source de Shazam sont exactes, les soutient par intermittence – le duo se réserve également des plages de mutisme absolu.
Le danseur, c’est plus fort que lui, ne peut s’empêcher d’exécuter un ou deux sauts périlleux. Puis les gestes s’adoucissent, s’alentissent, se tranquillisent.
Une fausse sortie de Miss Foucher, côté jardin, un come back puis une séparation d’un commun accord, en bonne et due forme. Et, dans le silence, un long fondu au noir en guise d’adieux.
Photo : Nicolas Villodre