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Chaud show Chhau

samedi 18 juin 2011,
par Nicolas Villodre


Pour conclure la saison en beauté, l’Auditorium de Guimet a donc accueilli un spectacle rare, la Danse Chhau de Seraikella (Inde du nord), qui, comme celle de Purulia et Mayurbhanj, a pour particularités le port de masques, une distribution exclusive d’hommes (le chhau est macho !) interprétant tous les rôles, qu’ils soient masculins, féminins ou transgenres (abstraits) et un accompagnement musical brut de décoffrage, à base de deux gros tambours bifaces (dhols) recouverts de velours rouge et d’un biniou (shennaï) de charmeur de serpents.

Le masque contraint le danseur, théoriquement du moins, à s’exprimer par le corps en son entier. Il peut certes dodeliner de la tête à discrétion, mais ce sont surtout ses mouvements de mains, de bras et de hanches qui lui permettent d’articuler son discours ou son action – ce qu’il a à dire ou à faire revivre sur scène –, tandis que les pieds, les talons surtout, par des claquements graves, et les chevilles, hérissées de stridulantes sonnailles, marquent le pas – et le coup – en soulignant ce qui mérite de l’être.

L’art chhau s’inscrit dans la tradition de la musique et de la danse populaires. Il doit être visible et audible (perçu et « entendu ») par le village réuni. L’abhinaya et le mudra sont simplement (mais est-ce si facile que cela ?) remplacés par le kata. Le personnage masculin ne se contente pas de tourner autour du pot, il assaille la proie convoitée en la menaçant, le cas échéant, de lui en administrer une du tranchant de la main, tandis que la coquette se protège comme elle peut en levant les mains au niveau du visage ou au ciel (cf. le duo Hara parvathi et, surtout, le flirt poussé entre le petit homme bleu Krishna et la mignonne Radha).

Le Pandit Gopal Dubey et sa suite, en provenance directe de Jharkand, ont enchaîné une quatorzaine d’airs et de danses, de pantomimes diverses et variées, figuratives (cf. Dheebar/Le Pêcheur avec cette tremblante des mains de Shri Tarun Kumar Bhol qui évoque le frétillement du poisson hors de l’eau, ainsi que Mayur Nrita/La Danse du paon, qui est l’une des plus illustratives de tout le gala), épiques, paraboliques, voire féeriques (cf. Chandrabhaga avec un Shri Sanjay Karmakar portant beau les faux-seins).

Les musiciens (Shri Sudhanshu S. Pani, Shri Sukiya Mahanty, Shri Binod Pradhan) ont joué sans discontinuer. Le plus expérimenté, chef orchestrant la musique, maestro chargé du cérémonial, guettait les coulisses du coin de l’œil pour voir si les danseurs (Pandit Gopal Prasad Dubey himself, Shri Tarun Kumar Bhol, Shri Rabindra Modak, Shri Sanjay Karmakar) étaient prêts à faire leur entrée en fanfare. Les tambourinaires ont marqué énergiquement le tala, parfois en frappant simultanément les deux peaux des paumes des mains, comme dans un geste d’applaudissement contrarié par l’obstacle qu’est le dhol mais ont su aussi être extrêmement subtils à l’occasion. Le trio a brillé dans un très beau Rag Bhupali. Les batteurs l’ont joué en finesse. Cet intermède musical a été l’heure du… ragtime, avec des envolées lyriques du clairon aux accents jazzy, déconstruisant chaque phrase avec douceur et presque rondeur – par la suite, le souffleur a fait également une ou deux démos de flûte traversière.

Les danseurs ont des physiques n’ayant rien à voir avec ceux de notre ballet romantique. L’étoile (qui jouera d’ailleurs le rôle du soleil !), est dodue mais présente une palette gestuelle assez large. Les interprètes peuvent ainsi passer de la mignardise à la fermeté, du maniérisme au stoïcisme, dans le même mouvement. Shri Tarun Kumar Bhol a par exemple exécuté un joli passage en demi-pointes ; il nous a gratifié d’une délicate série de grelots ; il a enfin… incarné la mer dans Sagar.

Certains spécialistes ont noté un fort contraste entre la musique et la danse, entre la B.O. martiale, ici pimentée par le son nasillard de la clarinette et la langueur monotone de la danse.

A la fin du show, les hommes se sont enfin dévoilés. Ils ont tombé le masque pour un rappel dansé à visage découvert.


P.-S.

photo : Nicolas Villodre

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