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Flûte !!! : une tentative d’épuisement.

jeudi 31 mars 2011,
par Marie Juliette Verga


Gianni Fornet et Nicolas Richard déploient comme un inventaire tissé d’une élégante prose poétique dans un entresol de la Ménagerie de Verre. La pièce a été créée en mars 2010 à la Galerie Cortex Athletico de Bordeaux qui représente entre autre l’artiste Benoît Maire. Il s’agit d’un mélange équilibré de mots, de voix, de corps, d’images et de musique folk.

Seul en scène dans un espace dessiné de mobilier des années cinquante, de quelques animaux naturalisés et de deux napperons blancs, Nicolas Richard est recroquevillé sur une table, la tête posée sur une grosse éponge, de celle qui permettent de lessiver nos murs. De notre droite parvient une lumière étonnante dont on sait qu’elle est composé de néons très blancs assemblés et qui donne pourtant une impression de fin journée, en lumière naturelle. De la lumière nous parvient une voix. « ta langue te fait toujours souffrir […] tu la touches avec les os de ta mâchoire ». L’élégance de cette prose poétique sobre et puissante évite les pièges de la légèreté comme ceux du grattage de croûtes. Face au motif du sordide, mot étonnant qui porte dans son étymologie tant la saleté que le deuil, la langue abîmée sans cesse par les dents qui mastiquent le deuil transmet la parole. Un long au revoir, sans concessions ni agressions. Les tristesses ne ressemblent pas aux mots, écrit Pascal Quignard dans Sordidissimes que les deux auteurs ont rencontré pendant la création. Ils semblent pourtant que les mots peuvent porter dans leur aspérités quelques grammes de poussière soulevée. Lorsque Gianni Fornet entre en scène, guitare en mains, les deux présences se partagent l’espace confiné de cet appartement démantelé qu’une vidéo minimale de Régine Chopinot et João Garcia laisse deviner. Dans cet « endroit qui pique les yeux tant il est vétuste », les mots entreprennent un bon débarras. On y fait son deuil comme on prépare un vide-grenier, on essaie de se déprendre de vestiges, de mettre à bas des souvenirs qui sont les nôtres mais nous encombrent, de vider les vieilles valises et de se vider de la mélancolie accumulée sur une table. Une mélancolie que l’on a offerte à toutes les fiancées, traînant à sa suite un fantôme rose, une éponge à la main, astiquant les taches de l’enfant.

Il y a une folie qui se fêle en sourire par le texte et une danse lente et miniature, une danse de l’absorption et de l’effacement. Un va-et-vient réjouissant entre passé poids mort et passé mobile. Un théâtre minimal qui ne prend pas le pouvoir sur celui qui regarde et dégage pour cela et par sa finesse intellectuelle une grande puissance détachante. Le début d’un grand déblayage auquel on voudrait pouvoir encore assister et lire aussi, pour l’emporter.


P.-S.

Image : João Garcia

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