mardi 19 octobre 2010,
par
Seule sur scène pendant près d’une heure, Germaine Acogny, la mère de la danse contemporaine africaine qui a dirigé Mudra Afrique (1977-1982) [1], nous emmène à travers son solo, Songook Yaakaar, Affronter l’espoir [2], sur un terrain pour le moins actif. Le public qui pensait rester dans l’ombre à regarder peut se lever et se mettre à bouger « sa lune » (comprendre « ses fesses » dans le langage acognien).
Jacques Rancière dans Le spectateur émancipé s’insurge contre l’idée selon laquelle le spectateur serait passif, assis sur son fauteuil. Selon lui, il n’y a pas d’opposition entre regarder et agir. C’est chose faite avec Germaine Acogny. Elle interroge le public : « Vous n’avez pas vu mon shampoing ? », passe dans les gradins pour demander les prénoms et leur signification, demande de chanter dans le micro : « mondialisation » sur un rythme saccadé et réussit à faire trémousser la lune de la plupart des spectateurs. Créé en réaction au discours du Président de la République à Dakar, le solo de la danseuse-chorégraphe touche à son identité franco-sénégalaise, à notre identité occidentale. Germaine Acogny se met à nu sous différents costumes, robe colorée et turban, T-shirt léopard et casquette rouge « de la mondialisation », fume la pipe, porte des talons. Elle n’a plus d’âge. Son discours dansé est rythmé par une phrase-leitmotiv : « Je suis de passage », toujours accompagnée d’un geste de la main qui passe devant son visage. En dansant, plus qu’en parlant, son identité de passage devient visible. Lorsque les mots ne suffisent plus, il y a la danse.
Au-delà des frappements de mains, des sursauts conduits par le martèlement des pieds dans le sol, la force de la danse de Germaine Acogny se révèle dans le mouvement sûr et fragile à la fois de ses bras, mains et doigts portés par un dos puissant. Ce sont des ailes (par la saillie du coude) qui portent l’espoir davantage que la force et le poids du bas du corps. Il faut vivre l’espoir répète la danseuse. Elle ne cesse de le danser.
Photo © Antoine Tempé
[1] Ecole créée par Maurice Béjart et Léopold Sédar Senghor à Dakar en 1977.
[2] Ce solo a été créé en 2010 et a été présenté à la Biennale de la danse de Lyon avant son passage au CND de Pantin.