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Centre Pompidou

"Golgotha" : une transgression à fleur d’os

dimanche 22 novembre 2009,
par Marie Juliette Verga


Steven Cohen sculpte le réel jusqu’à donner forme au lieu interdit de notre deuil personnel. Golgotha.

En accumulant la vente d’os humains, les profits engendrés par elle pour le gouvernement américain, le suicide comme châtiment, la dégradation, la punition suprême ou peine de mort auto-infligée et les objets scéniques, Steven Cohen tente d’introduire la mort dans la vie publique.

La pièce est une juxtaposition d’images et de mouvements. Deux portraits de Steven Cohen ferment le plateau. Vêtu d’un costume d’homme d’affaire, loin de ses habituelles tenues de déesse post-punk, ou d’une folie composée d’un amas de petits objets brillants, le chorégraphe limite la scène. Maquillé d’ailes de papillons morts qui dessinent un crâne nu sur son visage de vivant, ou encore chaussé, tour à tour, des « skulletoes » [1], de bottes de scaphandrier ou de pieds de bouc ferrés, le performeur partage sa présence entre images filmés et mouvements désarticulés.

Un écran en fond de salle laisse dérouler une vidéo new-yorkaise de déambulation, de publicités, de chiffres boursiers, d’os humains étiquetés et soigneusement classés pour être vendus dans une boutique chic de Soho. Face à nous, Steven Cohen construit différentes installations pour lesquelles son corps se mêle aux objets rassemblés sur scène. Un crucifix géant et parsemé d’ampoules colorées, une structure métallique vaguement SM, un bâton sauteur, un squelette assis en tailleur qui dessine la ballerine du ballet romantique. Le temps de la monstration, l’accumulation fait sens : ce que l’on consomme voisine avec ce qui nous consume.

La transgression est au centre de la recherche. Comment, où, pourquoi et que transgresser ? Sa proposition incorpore drôlerie, poésie et radicalité juste.

Le Golgotha devient un accessoire, une tendance fétichiste. Cette saison, le deuil et la perte se porte avec tout, et dramatisent admirablement votre nudité. La dureté des os et la fragilité des ailes se rencontrent aussi longtemps que la violence de l’obscène fraternise avec l’étrangeté d’une présence délicate. Golgotha est une pièce de groupe pour trois crânes et un être cher, jouée en un seul corps, emprunteur et réceptacle.

Golgotha de Steve Cohen au Centre Pompidou. Du 4 au 7 novembre 2009.


Portfolio

(c) Marianne Greber

Notes

[1] Sandales démesurément hautes sur crânes humains spécialement conçues pour l’occasion et dont le nom provient d’une combinaison de stilletoes (talons aiguilles) et de skull (crâne).

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