vendredi 16 septembre 2011,
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Mi-septembre, la Scam et le réalisateur Frédéric Allinne nous ont proposé une soirée consacrée à des documentaires sur la danse. Quatre films, projetés en intégralité ou sous forme d’extraits ont pu ainsi être découverts ou redécouverts sur grand écran par un public venu nombreux : Szentendre (2004), Les Inventeurs de gestes (2000), La Danse libre de Malkovsky (2005) et Le Principe des barres flexibles (2011).
Szentendre, une « ethnochorégraphie » appliquée au village touristique de Saint-André, situé au bord du Danube, pas bien loin de Budapest, en Hongrie, où nous eûmes le plaisir de nous rendre il y a une bonne vingtaine d’années avec notre ami Pierre Juhasz, prouve que la danse traditionnelle se porte aussi bien que le ballet au pays de Franz Liszt, génie musical qui a donné son nom à l’Académie chargée de la transmettre. On n’a certes pas été convaincu par la séquence du film dans laquelle un monteur comme ceux qui sévissent actuellement sur Youtube a fait son intéressant en appliquant une musique, comme par hasard américaine, à des danses qui n’en demandaient pas tant (même si, comme l’on sait, depuis Cocteau, les cinéastes et chorégraphes lettristes et le couple artistique Cage-Cunningham, n’importe quel son peut s’appliquer à n’importe quelle image), réduisant ainsi, par un effet cocasse, la portée de la monstration. Mais il faut reconnaître que ces danses d’origine populaire ont été parfaitement captées par la caméra vidéo, transcendées par des interprètes virtuoses, musiciens et danseurs, vêtus à la mode, déjà ancienne, de… 1965, date où Ferenc Novàk entreprit son travail ethnologique.
Les Inventeurs de gestes est un docu plus convenu, prenant pour prétexte le concours Volinine de Saint-Germain-en-Laye, une compétition de chorégraphes qui fait naturellement songer à celle, mythique, festive, circassienne (plus populaire également, question audience), qu’anima Jaque Chaurant à Bagnolet à la fin des années 70, aujourd’hui concurrencée par la Star Ac’ du Théâtre de la Ville, une « Danse élargie » que certains considèrent plutôt comme « rétrécie ». On nous détaille ici, en long, en large et en travers, dans un style assez « neutre », les coulisses, les répétitions, les échauffements, les passages sur scène des danseurs, les illusions des auteurs des pièces dans leurs brèves interviews, les délibérations du jury, sans parler du service après-vente assuré (et assumé) par deux de ses membres (Sylvie Artel et José Alfarroba) dans la mission impossible qui consiste à se justifier auprès de candidats ayant « échoué ».
Avec La Danse libre de Malkovsky, un très remarquable DVD conçu par Suzanne Bodak, filmé en HD, Frédéric Allinne fait un saut qualitatif. Et nous ne parlons pas ici de technique – le son et l’image sont « léchés », comme on disait autrefois, les archives en noir et blanc, touchantes, sont confrontées, fondues en douceur aux danses filmées au présent et interprétées par les élèves de Malko, lui-même étant un disciple de la pionnière de la danse libre, Isadora Duncan. Le seul défaut que noteront les spectateurs à venir (pour le moment, cela ne choque pas du tout) est l’usage abusif des « habillages », des effets graphiques et des animations, qui, qu’on le veuille ou non, contrastent avec la simplicité de la démarche malkovskienne, son vœu non pas de chasteté mais de pureté du geste, affirmé par le port du peplum, tunique de bure tissée à la main. Mais, ceci étant dit, il sera désormais difficile de faire mieux que ce DVD pour présenter le travail d’un chorégraphe, quel qu’il soit.
Le Principe des barres flexibles, production en cours, est aussi un petit bijou. Le film, co-réalisé par Sara Denizot, présente la démarche de Wilfride Piollet, une méthode personnelle mise au point par la danseuse-étoile de l’Opéra de Paris, fruit de ses réflexions sur la danse, de son travail et de ses expériences avec les chorégraphes les plus variés. La barre flexible fait penser, même si elle s’en différencie nettement, à la « barre à terre » ou « barre au sol », concept proposé en 1948 par le pédagogue Boris Kniaseff, qui fut très important pour des danseurs comme Yvette Chauviré ou Roland Petit (celui-ci composa même un ballet suivant ce principe). Le compagnon de route de Wilfride Piollet, Jean Guizerix, visionnant les séquences de danses sur un écran d’ordinateur zébré par la projection solaire des rayures du rideau de merveilleux studio, pense que les exercices de barres (réduites à des balles pour jeux d’enfants), tels que transmis par la danseuse et exécutés par ses élèves, sont valables en soi, peuvent être comparés à de véritables chorégraphies. Ce en quoi le film se rapproche du chef d’œuvre en la matière qu’est A Dancer’s World (1957), un document consacré à la technique de Martha Graham.
Photo : Nicolas Villodre