lundi 14 novembre 2011,
par
Ioulia Plotnikova, jeune danseuse aux origines caucasiennes, se jette à l’eau, veut sans doute se faire une place au soleil des chorégraphes. Elle a présenté, en novembre dernier, dans un des beaux studios du CND, un solo montrant la qualité de son mouvement, sa science du théâtre – une présence qui cristallise dans l’instant le geste rêvé et sa plus juste exécution –, et une incontestable musicalité.
Elle est dans le don de soi, la dépense, le trop plein expressif. Certains éléments narratifs (son jeu issu de la pantomime) ou illustratifs (sa B.O. tout de même un peu trop classique : nous sommes en 2011 !) gagneraient sans doute à être dosés, voir purement et simplement abandonnés.
Pour le reste, la structure est sûre. Cyclique. Cela commence et se termine en douceur. De savants enchaînements révèlent son aptitude de danseuse et d’indéniables qualités de gymnaste ou d’acrobate. La progression atteint son point culminant dans l’extrême tension nerveuse. Puis la danseuse retrouve tout son calme.
Le solo présente différentes facettes de la jeune femme, nous transmet les divers sentiments qui l’ont inspirée – le vécu quotidien, les impressions et les chocs émotionnels ressentis dans la vraie vie, une certaine rage, aussi.
Il faut dire que Ioulia est passée par une formation très riche, qui va du classique et néo-classique au jazz et à la danse moderne. Du ballet, elle conserve, mine de rien, les jolies attitudes. De Géraldine Armstrong, avec qui elle a travaillé, elle a retenu la décontraction, le relâchement ainsi que le punch et le swing. Des Ballets Russes, même revus et corrigés par Georges Momboye, elle reprend les poses nijinskiennes, plastiques et quasiment hiéroglyphiques. De Carlson, elle a appris ce qu’est la véritable arabesque ainsi que son contraire, la brisure.
Mais Ioulia Plotnikova reste avant tout elle-même. Elle est sensuelle, sensible, et même sentimentale. Sa danse ne sera jamais de tout repos. Elle alterne les passages tranquilles et d’autres bien plus tourmentés. Le tout, en finesse. C’est plaisant et gracieux.
Le sourire de la danseuse s’ombre, malgré elle, d’un certain vague à l’âme.
photo : Nicolas Villodre