vendredi 4 février 2011,
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Ce n’est ni de la danse ni de la non-danse. Ni de l’anti-danse ni de la contre-danse. Mais bel et bien (façon de parler) du théâtre. Avec tout ce que cela implique. Le gueuloir illusionniste en 3D et direct live (des accessoires scientifiques : quantité de bocaux aqueux posés sur des supports en bois dépareillés, une lampe-loupe à étrier, une table à roulettes, un ou deux guéridons médicaux, deux négatospcopes à quatre plages accrochés au mur du fond, etc.), étouffé ce qu’il faut par un épais capitonnage, une tapisserie pariétale bleu aristo à motif d’auréole royale. Avec un monologue collecté, comme cela se fait de plus en plus, collé, contrecollé, copié-collé, extrait d’entretiens avec l’acteur mais signé, cela va se soi, par le metteur en scène soi-même (les royalties sont toujours bonnes à prendre surtout émanant d’une République des arts : et si vous avez besoin de mon RIB, faites-le moi donc savoir). Une seule trouvaille en termes de scénographie au bout de 90’ de show : la chute finale, que nous ne révélerons pas. Et un cabot qui est là pour meubler et faire son numéro.
Faute de grives, on nous vend Fabre non comme un artisan mais comme un artiste. Qui, plus est, poly-expressif. Avec, donc, en principe, plusieurs cordes à son archet d’Ingres. Un cador de l’avant-scène mais aussi de l’avant-garde. Plusieurs expos lui ont été consacrées cers derniers temps, dans divers lieux prestigieux, par lesquelles on a cherché à accréditer cette légende. Car le jeune gens n’est qu’un théâtreux de plus. De l’ancienne école. Un histrion. De la pire espèce. Celle du Spectacle avec un grand « s ». Du bramant, brabant et barbant. Du déclamatoire. L’éternel représentatif. De la perf à prétentions performatives.
Pas de quoi s’extasier, donc. Ni de s’exciter, non plus.
Il faut dire, pour être juste, que le comédien n’est pas en cause. Il joue parfaitement le jeu. Sa prestation est remarquable. C’est la partition qui ne l’est pas – on a affaire, comme souvent, depuis Pirandello, à un personnage en quête d’auteur. On a droit à une tirade interminable, rythmée, il est vrai, par des effets de ressassement, de boucle ou de leitmotiv, et à tout le nuancier du très subtil m’as-tu-vu. Dirk Roofthooft – c’est son nom – ne nous épargne rien du prétexte invoqué (la question du plagiat qui, de Martial à B.H.L et P.P.D.A, en passant par Fabre, Ardisson, Attali, Junger, etc. posée en termes psychologiques, juridiques, éthiques alors que Lautréamont a définitivement, esthétiquement, poétiquement, politiquement, répondu à la question en écrivant : « Le plagiat est nécessaire. Le progrès l’implique ») mais il ne s’épargne pas non plus. Du début (l’entrée princière et même régalienne du comédien qui se prend pour le King et chantonne a capella son hit de 1963 « Devil in disguise ») à la fin (où, façon Poquelin, le personnage qu’il incarne prétend vouloir mourir sur scène et demande à être lapidé par ses spectateurs). Dans ce genre narcissique largement exploré et exploité ailleurs – Philippe Caubère, en France, en a fait sa spécialité –, où il doit étaler sa palette (se mettre à nu ou se livrer corps et âme), il parvient à captiver une salle acquise dès l’entame, composée ce soir-là d’apprentis comédiens, réagissant au quart de tour et manifestant sans aucune façon ni raison leur joie d’être ensemble et de perpétuer ce qui fut et est encore, qu’on le veuille ou non, un art.