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Kathak princier à Guimet

dimanche 29 mai 2011,
par Nicolas Villodre


En ce soir de « fête des voisins », Guimet, associé à Mandapa, nous convia donc à des agapes princières destinées à célébrer la fin de saison, le début des congés payés des uns et de la retraite des cadres des autres. L’auditorium fut transformé en plateau bollywoodien et Isabelle Anna réquisitionna pour l’occasion une troupe considérable, pas du tout venue là pour faire de la figuration. Aidée de Pt. Jaikishan Maharaj, elle décida de reconstituer ni plus ni moins qu’une Soirée à la cour de Wajid Ali Shah, avec un quintet de danseurs, hommes et femmes (Namrata Pamnani, Rahul Pawar, Eshani Agarwal, Sanjita Chatterjee, Keshri Nandan Nath), des musiciens et chanteurs (Pt. Jaikishan Maharaj himself au tabla, Madhubanti Sarkar et Rajesh Pandey au chant, Ghanshyam Sisodia au sarangi et Kengo Saito au sitar, renforcés par deux jeunes recrues Mossim et Yanus Kawa aux tabla et sarangi). Le rôle du monarque étant tenu par l’exubérant Azarie Aroulandom.

Wajid Ali Shah, qui régna de 1847 à 1856, fut le dernier et le plus illustre des nababs (ou nawabs) du royaume d’Oudh, si l’on en croit Hubert Laot. Milena Salvini précise dans la feuille de route : « C’est aussi sous son règne que prit son envol la dynastie des Maharaj dont le nom est devenu synonyme d’excellence. (…) Ouvert à toutes formes d’expression, qu’elles soient de source vishnouite ou musulmane, accueillant et généreux, souvent débonnaire, lui-même poète, musicien et danseur, il fit de Lucknow une capitale de l’art. (…) L’exil mit fin à neuf années trop brèves d’un règne glorieux et fertile qui signa l’apothéose du kathak, art devenu emblématique de l’Inde du nord. » Les kathakars étaient au départ des conteurs-danseurs nomades, qui avaient développé l’art de la pantomime et une forme de tanztheater racontant les épopées indiennes. Avec les conquérants musulmans, ils devinrent sédentaires et vécurent dans les palais de leurs nobles mécènes, tandis que se développa, à Delhi comme à Lucknow, un art de cour spécifiquement féminin. On peut dire que les devadâsî quittèrent leurs temples pour des palais princiers où elles devinrent nautchs ou bayadères…

Le spectacle de la troupe Kaléidans’Scop ne se prend pas trop au sérieux – Monsieur Aroulandaom, moins dodu que le personnage qu’il incarne mais assez cabotin sur les bords, contribue, si besoin était, à désacraliser la musique et la danse kathak. Les éclairages chaleureux de Vincent Van Tilbeurg et les costumes fonctionnels et fastueux de Navneet Pandey sont pour beaucoup aussi dans le succès public obtenu par des artistes techniquement excellents chacun dans sa spécialité – les percussionnistes et les chanteurs enchaînent une dizaine de thèmes et de chants, pour la plupart profanes, voire carrément galants, sans discontinuer. Evidemment, certains d’entre nous seront plus sensibles à la danse féminine qu’à celle des garçons ! Ce n’est pas qu’une question de penchant ou d’attrait personnel : les gestes de ceux-ci sonnent un peu faux, semblent incongrus, un peu plaqués ; les mains et les bras s’agitent sans nécessité réelle, sans la moindre velléité ornementale ; le torse est raide et les sourires, forcés. Bien sûr, ils font preuve d’une indéniable dépense énergétique, d’une vivacité, d’une force percussive qui ébranle le plancher historique de Guimet.

Les duels entre danseurs et les défis entre kathakars, nautchs et le joueur de tabla expérimenté et chorégraphe animent toute la deuxième partie de cette soirée de gala riche et variée, polyrythmique et quadrichromique.

Les danseuses rivalisent en matière d’élégance. La soliste, Namrata Pamnani, extrêmement photogénique, nous gratifie d’une série de pirouettes exécutées avec un naturel et une grâce incomparables. Au finale, nous avons droit au corps de ballet dessinant de belles figures chorales et florales.


P.-S.

photo : Nicolas Villodre

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