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! Kung Solo en appelle à l’œil du pirate

lundi 25 janvier 2010,
par Marie Juliette Verga


Mains d’œuvres participe à Fait d’hiver, danses d’auteurs par le biais d’un solo crée par Éléonore Didier. La danseuse se fait chorégraphe. Elle détache la matière de ses recherches de leur contexte intime, de leur corps d’émergence afin de la transmettre à Mathilde Lapostolle.

Quelques bandes vert prairies collées au sol blanc, quelques pièces d’habillement jaune vif, un pied et son appareil photo posés sur la tranche, quelques pellicules, des cartons. Certains sont déployés, d’autres pliés et proprement empilés. Un escabeau. Une doudoune brune occupe le sol, habitée d’un corps indéterminé. Parfois une étroite bande de peau nue agrippe l’œil, parfois la nudité apparaît à sa réalité, ultime enveloppe du corps. Lorsqu’il finit par se re-culotter, se re-chausser, se re-zipper, se re-capuchonné, il quitte le plateau, comme une évidence.

Éléonore Didier écrit que ce solo ménage la place du spectateur. Celui-ci se doit d’occuper cette place avec constance et désir au risque de la solitude et d’une indifférence fatale. L’écriture marque la distance.

Une structure aussi insaisissable que l’évolution d’une pensée est offerte à qui croit la voir. Le déplacement se charge de tous les déplacements possibles. La précision est précieuse, elle révèle d’imperceptibles choix et épaissit une trace de la pesanteur jusqu’à la rendre presque visible.

Un tressautement continu – de la pointe des pieds au sommet du crâne –, d’infimes crispations ou encore le paysage mouvant des muscles sous la peau nourrissent l’œil et le corps de celui qui accepte de donner son regard. L’étonnement est grand de rencontrer une danseuse qui porte en son corps les intensités, la présence imposante et pourtant subtile que l’on croyait appartenir à Éléonore Didier. Un corps territoire du pirate « où s’entrecroisent les lignes de notre rationalité et d’autres lignes dont les équations nous échappent ». [1]


Notes

[1] Gilles Lapouge, Les Pirates, Forbans, flibustiers, boucaniers et autres gueux des mers, Phébus, Libretto, 2001.

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