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L’Adda du Tarn

vendredi 4 mars 2011,
par Nicolas Villodre


Nathalie Auboiron, que nous avons connue lorsque lui fut confiée la mission (mot qui convient parfaitement à sa fonction, tant la jeune femme se sent investie par elle, motivée par son rôle), il y a de ça une douzaine d’années, de faire découvrir la danse à un large public, dans le cadre de l’association départementale pour le développement du 81, autrement dit, de l’ADDA du Tarn, c’est un fait indiscutable, meut et promeut toutes sortes de disciplines, qui vont du classique au contemporain, en passant par le jazz, la danse libre et le hip-hop.

Elle n’a de cesse de bousculer les habitudes dans ces domaines, et tient absolument à communiquer à ses concitoyens sa passion pour des expressions chorégraphiques encore vivaces en France. Nous l’avons retrouvée telle que nous l’avions quittée, épargnée des ravages du temps, à l’occasion d’un hommage à Madeleine Lytton et d’une série de stages programmés à la Maison de la musique de Cap’ Découverte, près d’Albi, ville qui jouit maintenant du label patrimonial de l’Unesco.

Cet événement local s’est déroulé sur trois jours. Il avait pour objectif, selon les organisateurs, de « développer la créativité des élèves » et, autant que faire se peut, d’établir des « passerelles entre les différentes techniques, styles et arts de la scène ». Un temps a été consacré également à la découverte d’œuvres du répertoire et aux différentes approches possibles de ce qu’on nomme la danse.

Ces classes ont été dispensées à des élèves de diverses tranches d’âge et de formations (les 8-9 ans, les 10-11 ans, les 12-13 ans et les + 14 ans) par des « artistes-pédagogues » aguerris au classique et néo-classique, au modern jazz et au contemporain : Emmanuelle Broncin, danseuse classique, soliste à L’Opéra de Lyon, à la Compañía Nacional de Danza de Nacho Duato, au Ballet de Hambourg de John Neumeier ; Anne-Marie Porras, enseignante et chorégraphe basée à Montpellier, qui a notamment collaboré avec Rudy Bryans et qui s’apprête à faire une importante tournée au Québec, spécialiste de ce qu’il est convenu d’appeler le « jazz » ; Sylvie Pabiot, qui a fait partie de la compagnie Maguy Marin et a travaillé avec Lia Rodrigues ; Agnès Bretel, notatrice du mouvement avec le système Laban, conseillère pédagogique, formatrice au Centre national de la danse, spécialiste de la Danse à l’école (arrivé le dernier jour, nous n’avons pas eu le loisir d’assister à l’atelier contemporain de Sylvie Pabiot ni à celui sur le théâtre animé par Gilles Guérin).

Il ne s’agissait pas simplement pour les stagiaires de découvrir ou d’approfondir des pratiques à partir de pas et de vocabulaires spécifiques, mais, sitôt échauffés, de se plonger illico presto dans le bain chorégraphique, d’ébaucher une scène de ballet (cf. par exemple Le Songe d’une nuit d’été, d’après John Neumeier, dans le cas d’Emmanuelle Broncin), une « routine » cohérente pouvant, le cas échéant, faire office de numéro dansé dans un show de Broadway (cf. la troupe d’Anne-Marie Porras occupant le plateau de la grande salle du Cap’Découverte) ou des suites d’enchaînements qui ont l’air simples mais qui ne le sont pas, déclenchés par les interprètes eux-mêmes ou suggérés par la pédagogue (cf. l’affrontement entre les Sharks et les Jets ou la course multi-directionnelle mais pas du tout chaotique, dans le cas d’Agnès Bretel).

La mise au point de la partie néo-classique relevait d’un travail de haute précision et supposait un groupe ayant déjà une certaine pratique du ballet. Les mouvements souples et amples, symétriques et redondants, lisibles du dernier rang du théâtre, improvisés ou tout comme par Anne-Marie Porras, étaient soulignés ou excités par la B.O. live d’un percussionniste techno qui rappelait un peu celui qui accompagnait les cours d’Elsa Wolliaston – les pas de jazz ornant, enjolivant, mettant à jour ceux du vocabulaire classique : plié, première position, rond de jambe, pas de bourrée, etc.

Le travail plus « contemporain » d’Agnès Bretel suppose une attention particulière aux enfants (et ados), une ouverture à l’autre mais aussi une certaine fermeté (qui n’est pas de la fermeture) pour, précisément, obtenir la concentration individuelle et l’adhésion de chacun au groupe.

Le « spectacle » de fin de stage de « Danse à l’école », accompagné par la musique subtile du duo Florent-Kellen, a, sans aucun doute, comblé un public de parents conquis d’avance. Les répétitions, en silence, des scènes de West Side Story, avec le groupe d’ados venus du fin fond du Tarn (de Lavaur, plus précisément), sous le regard bienveillant de ses deux animatrices habituelles, étaient passionnantes à voir.

Le concept de « personne-ressource » qui s’applique à la « Danse à l’école » fait penser à celui de « trésor vivant » qu’on donne parfois aussi à des danseurs au Japon…


P.-S.

Photo : Nicolas Villodre

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