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L’Histoire sans image d’Olga Mesa

jeudi 10 mars 2011,
par Nicolas Villodre


Le problème avec nos chers chorégraphes contemporains, c’est qu’ils parlent tellement bien de leur travail dans leurs interviews, leurs auto-commentaires, leurs communiqués de presse, leurs feuilles de salle, qu’une fois sur scène, ils ne jugent même plus nécessaire de nous le montrer. On aurait donc tort de les croire sur parole.

La dernière pièce de l’Hispano-alsacienne ou de l’Alsaco-espagnole Olga Mesa, Solo aveugle, présentée au théâtre de la Bastille, n’échappe pas à cette tendance. Solo a ciegas (con lágrimas azules), qui pourrait également se traduire par « seul (ou seulement) à l’aveuglette », brasse trop d’idées, embrasse trop de choses et, du coup, mal étreint ou mal atteint son propos. Il nous semble que pour exprimer l’essentiel par une forme de danse, disons minimale ou minimaliste issue des arts plastiques plutôt que du conservatoire, on n’a pas besoin de nous raconter d’histoire(s). Que ce soit celles du bon vieux temps de la guerre réelle (référence un peu plate à la déportation et rappel de la bataille de Metz en 1944) ou de la « guerre miniature » que serait aussi la danse.

Aux chiches mouvements dansés proprement dits, aux simples effets lumineux conçus avec l’aide d’Isabelle Fuchs, directement produits par l’artiste à l’aide d’un jeu d’orgue miniature posé à terre ou à distance, depuis la cabine, par les régisseurs du théâtre, aux images vidéo pixelisées sans grand intérêt et, qui plus est, quasiment invisibles (ce qui n’est pas plus mal), à la couleur du blues ambiant annoncée dès le sous-titre de la pièce, imprimée sur la vingtaine d’ongles (si l’on a bien compté) de la jeune femme aux pieds nus, rappelée par la perruque dérisoire, l’écran LCD et les gélatines de quelques spots (pour ne pas dire moonlights) accrochés au plafonnier, Mlle Mesa semble préférer la bande-son, il est vrai remarquable, composée en partie en direct par Jonathan Merlin et elle-même.

De même qu’il existe des films sans image (cf. le Wochenende de Ruttmann, les séquences noires de L’Anticoncept de Wolman, etc.), il peut donc y avoir une danse radiophonique, qui laisse complètement tomber la photogénie au profit d’un collage sonore comme ceux qui, jadis, accompagnaient les diaporamas.

L’usage de boucles, d’échos, de toute une gamme de cris de diverses intensités (rappelant par moments un certain théâtre de l’absurde connoté années 60), de soupirs, de bribes de paroles et de paraboles pasoliniennes, mélangés live, différents à chacune des représentations, est la bonne surprise de la soirée.

La danse aveugle d’Olga Mesa ne fait pas totalement tabula rasa, puisque la jeune femme juge encore nécessaire de bougeotter un tant soit peu, de donner le change ainsi que de sa personne, de s’offrir en pâture et nature au public, tout juste camouflée par un masque de biquette en matière plastique.

A un moment, entre deux stridences, entre cris et chuchotements, Olga Mesa dit à voix haute : « Ce pourrait être un finale  ». La dernière partie de la B.O., la plus réussie, comme il se doit, nous transporte du côté de Buenos Aires, nous remémore le fait que la danseuse avait pour grand-père un danseur de tango. Se rhabillant donc en tanguera (robe à motif floral et souliers à talons et à boucles), la jeune femme évolue au son d’extraits de la Cumparsita (marche composée en 1916 par Gerardo Hernán Matos Rodriguez, enrichie en 1924 par les lyrics d’Enrique Maroni et Pascual Contursi) et de l’introduction de la Balada para un loco d’Astor Piazzolla, par une de nos chanteuses favorites, Anna Saeki.


P.-S.

Photo : Nicolas Villodre

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