Centre Pompidou
vendredi 4 décembre 2009,
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Sous l’égide du Festival d’automne, la chorégraphe madrilène, La Ribot, a présenté à Beaubourg une pièce intitulée Llamame mariachi. Le titre, qui signifie « appelle-moi mariachi », évoque tout à la fois le genre musical mexicain et la formation musicale qui le produit. Ces airs mêlés de tradition espagnole et indienne, parfois associés aux activités révolutionnaires, parfois aux mariages populaires ne nous éclairent pas vraiment sur le propos de cette pièce. Les deux parties jouent sur une distance plus ou moins marquée avec la salle. La première se déroule sur écran vidéo, tandis que la seconde a lieu sur scène, autour, mais surtout derrière une grande table couverte de livres.
Dans la vidéo d’un peu plus d’un quart d’heure, Marie-Caroline Hominal, Delphine Rosay [1] et La Ribot capturent tout ce qui ne bouge pas autour d’elles. Dans une sorte de hangar ou de loft industriel, les danseuses courent après des objets inanimés et faussement signifiants : sainte vierge en carte postale, torero encorné, barreaux, glissement de terrain, extraits de film dont une jolie course sur tapis roulant… Et encore : du gazon synthétique, un ballet romantique et différentes textures du lieu. L’œil objectif de l’enregistreur vidéo se jette goulûment sur cet environnement, met en avant certaines de ses aspérités grâce aux gros plans, et fait disparaître le corps. Il ne reste alors plus que le mouvement qui est tout à la fois induit et archivé par la caméra. La Ribot le dit, dans cette pièce : « la caméra n’est pas un outil, un instrument, un objet bricolé. C’est au contraire le corps qui est instrumentalisé au profit d’une caméra animée de mouvement et d’intention » [2]. Le résultat de son intention est visible mais cela ne suffit pas à donner autre chose au public que le spectacle d’un dispositif bien utilisé.
En seconde partie, les trois mêmes interprètes travaillent le chuchotement et l’extrême ralenti du mouvement. Une concentration étonnante envahit la salle. Personne ne tousse malgré l’hiver qui arrive et le silence est palpable. Assises ou debout, après plusieurs glissements hors de sa chaise pour l’une d’elles, les interprètes lisent un extrait de livre qui est ensuite envoyé au sol, seul geste non retenu. Les livres sont-ils alors des objets jetables, consommés sous nos yeux, vidés d’une infime partie de leur contenu avant de s’entasser aux quatre coins du plateau ? Ce qui est sûr, c’est le lien de proximité qui unit la chorégraphe à la prolifération des livres comme objets. C’est ainsi qu’elle apparaissait dans la pièce éponyme Thierry Bae a disparu, dans une bibliothèque débordante, en consommatrice effrénée de livres de toutes langues, originales ou non, qui peuvent tous contenir une vérité utile à la création.
La Ribot construit une réflexion efficace autour de l’espace et du mouvement, grâce à une utilisation choisie de la caméra et au jeu sur le ralenti dans une course à la lecture. On peut regretter malgré tout une impression de longueur inutile et un écho trop ténu entre les deux parties.
[1] Les deux danseuses ont participé au projet Laughing Hole en 2006 et Marie-Caroline Hominal est une danseuse régulière de la compagnie de Gilles Jobin, époux de La Ribot.
[2] La Ribot, notes, mars 2009.