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La pulsation vitale d’Hedy Maalem

mercredi 24 mars 2010,
par Marie Juliette Verga


A la Filature de Mulhouse, le festival Trans(e) offre la première de cette pièce dense et subtile du chorégraphe franco-algérien Heddy Maalem. Dans un espace empli de particules de sciure et de vibrations sonores, traversé par de précises ondes lumineuses, la pièce déploie les obsessions qui sont à la source des créations de l’ancien boxeur des Aurès. Sens de la vie, identité, organisation des hommes entre eux, va-et-vient de l’unique au collectif et Afrique.

Dans la poussière ocre qui assèche la salle, dans les percussions qui habitent l’étonnante et entêtante musique de Fritz Hauser, prennent place des corps. Corps de danseurs aux nationalités et aux techniques différentes. Corps aux couleurs et aux lignes différentes. Chacun traverse le dojo de terre brune à son tour selon un mode qui lui est propre. Sage accroupi, sorcier aux frontières de la transe, poupée à la blondeur nordique se jaugent, se reniflent, se méfient. Ils peuvent également se rejoindre et la plus forte partie de la pièce s’appuie sans doute sur la rencontre dans un flot commun.

Au-delà du simple portrait d’humanité, la mise en jeu d’une danse qui se saisit du corps pour sa matière porte une sourde beauté. Pas un mouvement qui dessine des lignes au hasard d’une composition plastique chorégraphiée. Ici, chaque mouvement est lisible et nécessaire. Les bras s’élèvent poussés par de vivantes omoplates, les courbures naissent dans le ventre, les cages thoraciques s’enflent au rythme de respirations mouvantes. Nous sommes face à un butô précieux. Enfer et paradis d’une humanité qui lutte et se trouve. Monstruosité et beauté de corps déplacés. Violence des villes, des guerres et de l’exil contre force des corps en mouvement.

L’incroyable puissance de la danse, sa capacité à repousser les ombres du monde, est affirmée sans jamais laisser les interprètes chuter du côté de la transe ou du corps maltraités. Les corps tremblent sur le fil tendu au-dessus de l’abîme mais restent tournés vers la lumière, tête renversée et poitrine offerte.
Demeurés au seuil de la folie, les corps peuvent se connaître, se renforcer. Le mouvement passe de l’un à l’autre par contagion avant que tous ne se regroupent sur un radeau de fortune, en attendant l’orage…

« Du commencement d’un monde à la fin inévitable de celui-ci », le plateau, vide de tout décor, vide même de ces danseurs dans la grâce heureuse d’un instant, accueille « la torsion de ce geste que nous faisons pour nous lover dans la spirale de l’aujourd’hui » dans l’épaisseur abstraite de la musique concrète et hypnotique du percussionniste suisse. Loin de toute facilité autour de la notion d’identité devenue pénible à force d’être contemporaine, Mais le diable marche à nos côtés montre des corps radieux, rempart vivant à l’insensée violence du monde.


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