dimanche 6 mars 2011,
par
Certes, on pourra toujours y trouver à redire, en même temps que quelque longueur ici ou là, dans le dernier show de François Chaignaud et Cecilia Bengolea (trop de variète sans doute, de kitscherie style mère Michou, de fascination pour la lumière noire, et cette manie de parler, voire de penser, uniquement en américain…). Mais il faut bien reconnaître que (M)IMOSA est riche, généreux, foisonnant. Et, ce qui ne gâche rien, excellemment dansé.
A commencer par Marlene Monteiro Freitas, qui ouvre le bal avec un numéro époustouflant de vitalité et de sauvagerie contenue. Arpentant la scène du foyer de Gémier en tous sens, en un sautillement incessant, en de vifs allers-retours et trajectoires de jardin à cour, la frêle et excentrique Marlene mixe des postures et des registres différents où l’on pourra noter des traces de rock et de baroque, des souvenirs de folklores perdus, des réminiscences cabaretières. Elle triture aussi son abondante crinière à bouclettes garnie d’extensions…
Trajal Harrell est, comme toute la troupe du reste, à la fois comédien, chanteur et danseur. Il calme le jeu en entonnant façon crooner une sucrerie du mainstream radiophonique. Au moment où la chansonnette commence à décoller, on ne sait pas trop pour quelle raison, mais toujours est-il que Miss Monteiro se met à fermer les portes qui se trouvent au fond de la scène avant de sortir – qu’on se rassure : provisoirement.
François Chaignaud fait son entrée à son tour, provenant du haut des gradins où est installé le public, transformé en castafiore, portant une magnifique robe longue de soirée, ganté et poudré de pied en cap, maquillé et paré de bijouterie, interprétant parfaitement bien et a capella un air classique dont les lyrics, sans doute adaptés pour l’occasion, déclinent le mot « fuck » à tout propos, à tout bout de… chant.
Tandis que Marlene Monteiro Freitas revient, changée en Catwoman, le magnifique corps de Cecilia Bengolea, allongé au sol, intégralement emballé dans un collant pas vraiment académique le camouflant en partie, s’anime lentement. La danseuse-chorégraphe est chapeautée d’un curieux bibi à motif floral et chaussée d’escarpins à plate-forme pouvant concurrencer les pompes de James Syiemiong qui figurent au livre des records, qui entravent certains mouvements mais lui permettent d’explorer de nouveaux appuis. Il faut dire que la danseuse est aussi contorsionniste à ses moments perdus. Elle enchaîne équilibres arrière, diverses dislocations, un passage original de danse accroupie sur talons aiguilles et sauts suivis de chutes en grand écart comme dans le cancan du Moulin Rouge. A l’extravagance de Marlene Monteiro Freitas et à la fantaisie de François Chaignaud s’ajoutent le dérisoire, le pathétique et le poignant de la variation de Cecilia Bengolea.
Nous ne détaillerons pas ici toutes les autres péripéties de ce spectacle mouvementé, les entrées et sorties de tous côtés, les disparitions et réapparitions des artistes. Nous noterons tout de même l’arrivée majestueuse, apollonienne, de François Chaignaud marchant en mâchant ostensiblement un chewing-gum puis cette sorte de danse polovtsienne exécutée avec une aisance incroyable ; le solo en douceur, en rondeur, en apesanteur de Trajal Harrell qui, étonnamment, se métamorphose en voguing, l’abstraction du début se dissolvant dans l’anecdote – cette démarche affectée typique des défilés de mode, des gestes précieux, des poses maniérées de mannequins, l’envoi de baisers du bout des lèvres ; Marlene Monteiro pastichant le danseur Prince dans un hit on ne peut plus explicite ; et, last but not least, la performance de Bengolea qui danse un beau solo romantique et chante un tube orientaliste des années 80, sans recourir au microphone. Tout compte fait, une très agréable soirée.
Photo : Nicolas Villodre