mercredi 16 novembre 2011,
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Le Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines a présenté en novembre dernier la pièce du chorégraphe Sylvain Groud et du compositeur Vincent Manac’h, Héros ordinaires, écrite suivant une formule maison, sans aucun doute inspirée par l’opéra baroque, proposant une mise à jour de l’art total cher à Wagner (Gesamtkunstwerk), produisant une danse-théâtre mais aussi, en sens inverse, un théâtre-danse (Tanztheater) aimables, tranquilles, tempérés – comme on dit d’un prélude ou une fugue de Bach – où quatre danseurs (Cyril Geeroms, Aurélie Genoud, Richild Springer, Frederico Strachan) et autant de chanteurs (Geoffroy Heurard, Pauline Leroy, Judith Derouin, Fiona McGown) échangent tour à tour leur fonction.
Rien à dire ou presque. Techniquement parlant, c’est au point. Les lumières de Michaël Dez sont parfaitement réglées, le son de Didier Préaudat excellemment mixé, la scénographie (Sylvain Groud, Didier Préaudat, Michaël Dez), simple et efficace, les artistes, apodictiqes. Esthétiquement, c’est autre chose. On est ici, même si l’expression n’est pas juste, dans le chorégraphiquement correct. Pas vraiment dans l’avant-garde. Mais, après tout, il en faut pour tous les goûts et on doit reconnaître que ce genre de shows (ou de choses) fusionnant le « contemporain » (= déambulation du corps de ballet et pas de deux alangui) et le néo-classique (= exercices vocaux de la troupe au complet, a capella) plaît au public, y compris au plus jeune, venu en grand nombre, étonnamment discipliné, apparemment plus captivé que captif.
Les auteurs ont du savoir-faire. La B.O. relève du collage de citations avec, outre les interventions live des chanteurs (et une parodie de playback sur un air de bel canto rappelant le « Juanita Banana » piqué au Rigoletto de Verdi), des phrases bossanovesques, une ou deux sambas emmiellées, un mambo westsidestorien, nombre d’accords néo-stravinskiens, quelques riffs de guitare saturée extraits d’un fameux rock endiablé…
Le propos n’est pas bien clair, faute de livret, sans doute. Il faut dire que les artistes ont été chargés d’illustrer (à l’unisson, pour marquer le coup du tempo) la « dramaturgie musicale » (nouvelle niche ou petit métier du spectacle) signée Vincent Manac’h. Or la musique est, par définition, polysémique. On ne sait donc si l’employé de bureau, côté cour, surveille son petit monde sur deux moniteurs vidéo, comme le patron de Métropolis (film dans lequel Fritz Lang avait déjà pressenti ce que serait la télévision et les caméras de surveillance) ou s’il représente le metteur en scène tout puissant assis derrière ses pupitres et ses écrans d’ordinateur – la régie étant exhibée et par là même valorisée. Le tapis roulant, qu’on ne peut s’empêcher d’associer à celui des Temps modernes de Chaplin (les gags en moins : on n’est tout de même pas ici pour rigoler !) est dans l’ensemble assez bien exploité (un peu trop, peut-être), ce qui n’était pas le cas chez Garry Steward. L’épilogue, dans l’obscurité, contraste avec l’éblouissement des spectateurs à l’entame du match où des rampes fluo l’agressent un tant soit peu. On est, apparemment dans l’Hadès, référence orphique (monteverdienne) oblige ou dans le royaume des morts signifié par l’extinction des feux, y compris ceux des lumières cathodiques, si l’on excepte celui d’une bougie électrique, d’esprit (saint)… catholique.
De fait, entre les cantiques post-grégoriens, les psalmodies (in blues), les effets vocaux style Swingle Singers, les ariettes jasées par le groupe de cantors à la croix de bois, on est plus dans le domaine du sacré que du profane, dans l’apollinien plutôt que dans le dionysiaque, dans la célébration et non dans le festif. Comme si le syndrome des choristes avait encore frappé. L’opus Héros ordinaires nous a paru sage. Comme une image.
photo : Nicolas Villodre