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Mark Morris Dance Group : pièces à vendre

mercredi 10 février 2010,
par Raphaël Blanchier, correspondant


Le Fine Arts Center de l’Université d’État du Massachusetts, Umass pour les intimes, a l’honneur d’accueillir une soirée Mark Morris, réunissant trois pièces de ce chorégraphe adulé et réclamé de toutes parts, célèbre pour son travail sur la musique et la musicalité de la danse.

Dans Looky, la pièce la plus récente du programme (Boston, 2007), la composition est agréable. Autour de deux pôles qui décentrent la scène, les danseurs en costume de ville jouent des scènes de la vie sociale : tout commence au musée, semble-t-il, et regarder (look) est la principale activité des danseurs, hormis un guide qui montre le plafond et un garde qui somnole sur une chaise. Costumes rayés, étoilés, colorés, mêlent Arlequinades et bourgeoiseries, et le musée se résout en une étrange party où sur une valse et des pas classiques, les danseurs se figent par moments dans des poses plutôt disco. L’atmosphère compassée et factice rappelle désagréablement Comedy, de Nasser Martin-Gousset (2008). La scène de l’allée des statues, où les visiteurs passent au travers de leurs camarades danseurs, à la fois œuvres d’art bêtes et menaces potentiellement vivantes comme une jungle bestiale, ménage un moment d’humour bienvenu. Quelques traits spirituels du même genre, diffusant une atmosphère de superficialité vaguement parodiée, ne parviennent pas à nous défaire de l’idée que ce qui plaît est moins la danse que la musique, et que la chorégraphie, à force d’être légère et mécanique comme le joyeux piano, finit par être, au contraire, un peu plate.

All Fours (Berkeley, 2003) n’est qu’un pari de computation, débouchant sur des symétries, des diagonales, des entrées et sorties excluant toute surprise. La gestuelle est un peu passée, très classique et cunninghamienne à la fois, la chorégraphie ne suit pas de propos précis, sinon, vaguement, l’opposition des couleurs des costumes, arrangés tantôt en alternance, tantôt en vis-à-vis. Le travail accentuel sur le quatrième quatuor à cordes de Bartok rappelle le travail – un siècle plus tôt – des chorégraphes des ballets russes sur la musique motorique de Stravinski : on pense par moments aux Noces de Nijinska, moins la force de l’argument et de la nouveauté.

Mark Morris est connu pour être un chorégraphe accessible au grand public. V, (Londres, 2001) frise la démagogie. Les pas de deux y fleurissent, encore plus traditionnels que dans All Fours, et aussi peu à propos, sans compenser ce déjà-vu par la virtuosité ou l’expressivité qu’on attend sur les pas classiques. Les danseurs, par ailleurs plutôt bons interprètes, auront beau faire : la chorégraphie entre postmodernisme et néoclassique semble boiter à côté de leur façon de bouger, aux énergies très contemporaines ou jazz. Le carrousel du Roi a des figures spatiales plus inventives et d’autres qualités pour nous séduire. Ici, la disposition des danseurs, la succession des moments semblent un simple jeu formel sans réel intérêt. La musique de Schumann fait passer le temps.

Le public a beau applaudir en criant, en vérité, le choix des plus grands compositeurs, associé à la facilité de lecture d’une chorégraphie du trop bien connu, y est sans doute pour beaucoup. Tout compte fait, la pièce la plus récente est aussi la plus intéressante, ce qui rassure sur l’avenir.

Mark Morris Dance Group (avec le MMDG Music Ensemble)
Trois chorégraphies de Mark Morris Looky, All Fours, V.
Mardi 2 février 2010
Umass Fine Arts Center Concert Hall, 151 Presidents Drive, Amherst, Massachusetts, États-Unis

Renseignements : [www.fineartscenter.com]


P.-S.

Danseurs en contre-jour, © Fine Arts Center

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