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Martha Graham, pour mémoire

samedi 2 juillet 2011,
par Nicolas Villodre


Sont sympas ces Brésiliens. Et puis, z’aiment tellement la France. Z’adorent quellement Paris… Impossible par conséquent de leur en vouloir. En aucune manière. D’en dire le moindre mal. Y compris lorsque, comme dans le cas présent, ils ne font preuve d’aucun complexe, et mélangent tout, allègrement. Qu’ils visitent et revisitent de façon, disons… baroque, l’univers d’une figure de la danse aussi marquante, historiquement, que Martha Graham. Qu’ils triturent en tous sens une matière chorégraphique qui leur est, a priori comme a posteriori, autre, étrangère, esthétiquement parlant, s’entend – pas géographiquement. C’est à cette lecture ou relecture de la vie et l’œuvre de la pionnière de la Modern Dance que s’est livré l’excellent metteur en scène José Possi Neto dans son show Martha Graham Memórias vu en primeur au théâtre de la Porte St-Martin, en ce début de vacances estivales.

N’était le malentendu – au sens propre du terme : la bande son est diffusée tellement amplifiée qu’elle paraît destinée à un auditoire de sourdingues ! – musical (Felipe Venancio) et chorégraphique (Anselmo Zolla) qui consiste à appliquer systématiquement un traitement néo-classique à l’accompagnement audio comme à l’œuvre grahamienne proprement dite, livrée en pointillés, en la détournant littéralement, la chose (le show) se laisserait voir.

On aura été convaincu par la scénographie (Jean-Pierre Tortil) à base de grands panneaux abstraits, plus purs (wilsoniens) encore que les éléments osseux d’Isamu Noguchi ainsi que par le travail sur les lumières (du metteur himself, du choréauteur mais aussi de la talentueuse Joyce Drummond) qui donne des effets dramatiques saisissants, et rend l’atmosphère expressive, pour ne pas dire expressionniste (Fritz Lang, Mary Wigman, même combat !).

Donc, on a dû s’appuyer non seulement la B.O. tonitruante (mixant au petit bonheur la chance les compos de Felipe Veâncio avec la voix de la star brésilienne Christiane Torloni, surdramatisée par une réverbération pour stand forain ou pour film gore) mais l’approche néo-classique du mouvement qui évoque, effleure, sans l’explorer l’œuvre considérable, radicale, intense de la figure de la chorégraphe américaine. Et, pour les puristes dont nous ne sommes pas, la dévalue sans doute en la rapprochant de ce qu’elle fut à ses débuts, au temps des Village Follies  : du music-hall et du burlesque. Pina Bausch, qui est citée par les chorégraphes, utilisait elle aussi la structure en sketches ou en tableaux, mais elle réussissait à transmuer la substance cabaretière en objet esthétique. Ici, les chorus boys et girls, toujours à l’unisson, comme en garnison, font plutôt songer aux danseurs de Miss Gaga ou de Mamma Madonna – laquelle, entre parenthèses, fut élève de Graham et se montra généreuse avec elle à la fin de sa vie. Ou, ce qui ne nous rajeunit pas, à Roland Petit (cf. le tableau circassien avec la valse déprimante qui va avec et qui nous plonge dans l’ambiance des Forains) ou à Momo (les robes unisexes d’Angélica Chaves font penser à Salomé).

Heureusement, les interprètes étaient excellents, à commencer par Miss Vera Lafer, au physique de petite fille, ou Melissa Soares et Gustavo Lopes, délicats dans le pas de deux « La Ballerine et le pianiste ». Il se sont donnés avec générosité, citons-les donc : Beth Risoléu, Dilênia Reis, Mara Mesquita, Liliane Benevento, Liris do Lago, Paula Zonzini, Renata Almeida, Edgar Diaz, Eduardo Pacheco, Israel Alves, Jurandir Fanarof, Laudinei Delgado, Luciano Martins, Sergio Galdino. Ils ont dansé et mimé un très efficace « Tourbillon de la mémoire », chacun dans sa spécialité, rappelant les scènes de gare dans les musicals (The Band Wagon, 1953), les films de jazz (Smash Your Baggage, 1933) ou les essais purement rythmiques (Pacific 231, 1949). C’eût dû être le finale.


P.-S.

Photo : Nicolas Villodre

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