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Myriam Gourfink, du pareil au même

samedi 4 février 2012,
par Nicolas Villodre


Avec Une lente mastication, on prend les mêmes et on recommence. Les mêmes ou presque : le musico, Kasper T. Toeplitz, un skinboy d’apparence bonhomme, qui a emprunté ses lunettes rondes à Pierre Henry, et qui, dans cette messe pour le temps présent, est valorisé, déjà là, au fond de la classe avant le début du cérémonial, puis, à l’heure dite ou presque, les magnifiques Clémence Coconnier, Céline Debyser, Carole Garriga, Deborah Lary, Julie Salgues, Françoise Rognerud et Véronique Weil auxquelles se sont joints trois danseurs supplémentaires, une femme, Nina Santes, et, pour une fois, deux hommes, Clément Aubert et Kevin Jean. Les sunlights de Séverine Rième se déclenchent soudain sur cette dizaine de corps qu’on découvre en file indienne, cuirassés d’une tenue de combat uniforme et unisexe, pantalon serré et tunique à manches longues de couleur sombre mouchetés de motifs de camouflage. Pieds nus.

Les organigrammes écraniques sont absents, probablement sans objet dans le cas présent, la danse étant soit en « free style », entièrement déléguée par la chorégraphe à ses interprètes, soit suffisamment intériorisée, chacun connaissant son rôle par cœur ou, si l’on préfère, ayant en tête la liste des commissions et des missions qui est, on le sait depuis Anna Halprin, celle des tâches à accomplir au moment le plus approprié. La table des matières a donc été remplacée par une partition temporelle soufflée aux artistes sur scène par deux prompteurs disposés sur les côtés, indiquant l’écoulement à l’aide d’une horloge sobrement designée – un simple triangle ou, plus exactement, un secteur circulaire s’élargissant progressivement jusqu’à totale disparition et extinction des feux, au bout des soixante minutes annoncées.

La chorus line, perpendiculaire par rapport à la répartition du public dans le face à face instauré par le théâtre à l’italienne, mettra pratiquement une heure pour parcourir cinq largeurs du tapis de danse en PVC, soit environ dix mètres. Une heure pour se rendre de cour à jardin. Tout en brisant discrètement, imperceptiblement, l’enfilade, la perspective, la ligne de départ prédéfinie, chacun et chacune gardera dignement son rang – cet échelonnement n’a rien de hiérarchique, est déterminé arbitrairement, par tirage au sort, par ordre alphabétique ou d’arrivée, ou en fonction de critères subjectifs, suivant la diversité des looks et une recherche de contrastes… Les interprètes gardent donc leur rang, pas forcément leurs rangs, tout cet ordre n’étant qu’apparent.

Car cela vibre, se déploie, se déséquilibre constamment. Cela bouge de façon significative, en fait, quand on y pense ou y regarde de près. On sait, dès le départ (deux ou trois personnes mettront tout de même une demi-heure à s’en apercevoir ou à décider de quitter la salle), que la mer humaine montera à la vitesse du cheval au ralenti, que le flux sera détendu, que la gravitation du danseur autour de son axe, d’un astre, d’un alter ego qu’on évitera prudement ou prudemment de toucher prendra du temps. Le temps qu’il faut. Et que l’affrontement des spectateurs, des observateurs eux-mêmes mis en cause, mirés à leur tour (envisagés mais pas dévisagés, pour autant) par les danseurs, sera continu, ininterrompu. Ni entracte ni silence dans la bande-son ne viendront casser l’ambiance.

Le son est aussi souffle – une voix blanche, neutre, puissante –, corps vibrant fait de périodicités et de pulsations différentes, ne cessant d’évoluer en cours de set, une matière mixée, malaxée, modelée, modulée en direct par le compositeur ne cessant lui-même d’agir, de réagir ou d’inter-agir en pianotant sur son clavier d’ordinateur, en tournant les potentiomètres de sa mini-station audio-numérique, en poussant ou baissant le volume, en dépassant parfois les décibels autorisés et en jouant sadiquement avec des infrabasses plus continues que contenues, en produisant des effets d’écho ou de vibrato, en déclenchant des boucles infinies en tapant du pied sur une ou deux pédales, en pizzicatant, palm-mutant ou frotti-frottant les cordes de deux guitares bricolées maison.

Le spectacle, qui relève du cours de yoga sublimé, avec quantité de postures dynamiques, de variations infinitésimales bellement exécutées par les danseuses, est permanent. La suite au prochain épisode.


P.-S.

photo : Bertrand Prévost

Précisions de la chorégraphe : Certaines choses dans votre article sont fausses il n’y a jamais de bande son dans mes spectacles la musique est entièrement générée par l’électronique en live. D’autre part je n’utilise pas de tasks pour écrire mes partitions mais la cinétographie laban et cela fait une grande différence

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1 Message

  • Myriam Gourfink, du pareil au même

    4 février 16:02, par kasper toeplitz

    oups, je viens de voir que la chorégraphe est déja pasée - il n’importe.

    Quelques précisions relatives à la musique (puisque vous en parlez) _"agir ou inter-agir" - la musique (comme toujours chez moi) est jouée en "live", pas besoin de la nommer bande-son _elle est entièrement jouée en direct et uniquement sur deux basses électriques (plus exactement sur une basse et une octobasse). Donc pas de génération sur ordinateur, et pas de guitares, encore moins bricolées maison (! !) - Neil Steinberger et Phil Dubreuille, pas vraiment du bas de gamme (même si ça n’a aucune importance, certes) _vieux mythe qui perdure - on est LOIN (en deça) des normes autorisées en matière de volume sonore.

    pas que tout cela soit important mais enfin c’est assez faux pour etre pointé non ?

    Kasper

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