mardi 27 septembre 2011,
par
Le rock, c’est comme le café, on le préfère, en fin de compte, ristretto, court, serré, plutôt qu’allongé ou dilué, comme ceux qu’on prépare en Amérique, en Belgique ou en Allemagne. L’un des deux problèmes que pose ce spectacle est sa durée injustifiée, le temps qu’il met à démarrer, à se mettre en branle ou en branle-bas de combat. L’autre est, selon nous, l’absence non pas de danse proprement dite mais de chorégraphie.
On veut bien que les auteurs contemporains mènent toutes les « réflexions » qu’ils désirent sur les sujets qui leur tiennent à cœur, qu’ils philosophent et mettent en question le spectacle en général, la performance scénique en particulier ou, comme c’était apparemment (et a priori) le but ici, « le format concert rock » et la mise en scène qui va avec. Mais, à un certain moment, il faut que ces cogitations portent des fruits.
D’autant que cette interrogation n’est pas nouvelle. Elle nourrit, depuis ses débuts (Elvis 56), l’art mineur ou l’industrie anglo-saxonne du rock, qui a toujours exploité la composante Rhythm and blues dont elle tire origine et essence, en sacrifiant ou critiquant (dialectiquement ?) chaque style (ou mode) établi pour en proposer d’autres, ce pour garder captive une audience de plus en plus vaste – le public a progressivement vieilli et est passé, en plusieurs générations, de la catégorie teen-agers ou « rebelles sans cause » des débuts au monde des adultes, voire à celui des vieux croûtons dont nous sommes.
La fascination du rock a d’ailleurs fait l’objet de films plus ou moins réussis, dont certains, comme Phantom of Paradise, caricaturaient certains aspects de la starisation. Des groupes, comme Au bonheur des dames ou Odeurs, en France, se sont spécialisés dans la parodie. Et cette musique, dans son avatar « gothique », continue à fasciner des chorégraphes tels que Gisèle Vienne…
La pièce intitulée Micro s’avère (n’)être (qu’)un concert de rock. Ce qui est toujours bon à prendre. Autant n’avoir pas fait le déplacement pour rien. Musicalement, c’est vraiment très réussi. Le groupe que forment Mélanie Chartreux, Malik Djoudi, Gwenaël Drapeau et Julien Lepreux est excellent, aucun doute là-dessus. Et l’athlétique Pierre Rigal bouge bien, en synchronie avec la B.O. Le style reste années 70, pré-punk, sans les effets électriques chers aux guitar heroes de l’époque (pas de pédale wah-wah, pas de saturation audio, pas de recherche virtuose, simplement un peu de réverbération de-ci delà, le volume général poussé sans excès, de très brefs solos, etc.).
Les artistes sont en outre multi-instrumentistes : Mélanie chante, fait de la pantomime, joue de la basse ou du piano électrique, Malik est non seulement chanteur-vedette mais également guitariste, Julien est choriste et se lance à l’occasion dans quelque chorus de gratte, Gwenaël, batteur-bateleur et bassiste à ses heures, est sans doute le personnage le plus excentrique du combo, une « nature » comique aux allures de feu Keith Moon qui, comme on sait, frappait comme un sourd jusqu’à la destruction totale de ses fûts.
On alterne ballades sucrées à la Queen et passages plus hard à la Black Sabbath. On enchaîne sur un simulacre de violence tombant un peu à côté de la plaque, se référant sans doute à celle des Who, qui furent aussi les auteurs d’un fameux opéra-rock, sans atteindre celle de Jimi Hendrix qui mit, littéralement, le feu aux poudres et à sa Fender, à Monterey. Il convient de signaler aussi la qualité de la diffusion audio et du mixage en direct de quantité de micros et d’instruments sans la moindre anicroche ou la pointe d’un larsen, travail en coulisses de Joan Cambon et George Dyson.
Somme toute, une bonne soirée. Pour la danse, on repassera.
photo : Nicolas Villodre