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Centre Pompidou

Parlement, le solo à plusieurs voix de Joris Lacoste

23-25 février 2011

vendredi 18 mars 2011,
par Marie Juliette Verga


En février, le Centre Pompidou reprend Parlement de Joris Lacoste, monologue issu d’un montage sonore dont Emmanuelle Lafon est la prodigieuse émettrice.

Joris Lacoste, co-directeur des Laboratoires d’Aubervilliers, a fait de L’Encyclopédie de la parole l’un de ses nombreux chantiers en cours. Un corpus sonore crée à partir de différentes collectes personnelles qui contient toutes formes de parole. Les formes orales sont ainsi inventoriées : poésie orale, performance, théâtre, lectures, dialogues de cinéma, conversations courantes, entretiens, rap, témoignages, récits, récitatifs, documents ethnographiques, discours politiques, religieux, pédagogiques, plaidoiries, leçons de danse, de yoga, de gymnastique, instructions militaires, instructions sportives, hypnose, litanies, prières, cérémonies, journaux télévisés, commentaires sportifs, contes, reportages, boniments, publicité, vente aux enchères, synthèse vocale, slogan féministe, discours de propagande, enregistrement de séminaires universitaires, extraits de sitcom… On en perd le souffle.

Ces enregistrements deviennent la matière d’une écriture théâtrale. Les codes des différents régimes de parole sont tressés et mis à nu. on perçoit alors la mélodie de la parole qui est tout à la fois étrange et familière car déplacée, décadrée. Une centaine de voix cohabitent à l’intérieur d’un même corps et Emmanuelle Lafon devient une diseuse-transformiste. Seule en scène pendant une heure, en compagnie d’un micro et d’une bouteille d’eau, la comédienne fascine et porte loin le sien, de souffle. Parlement est une expérience plus qu’une pièce. Les voix de cette interprète virtuose s’échappent, se mêlent, se confrontent. Les différences de genres, de disciplines ou de sources n’existent pas. Le spectateur se construit lentement un point de vue ou plutôt un point d’écoute qui propose une co-existence aux paroles. De micro-rapports entre les intonations, les accents d’une lecture poétique et ceux d’un présentateur télé se font alors entendre. La voix est au centre du jeu. Elle nous amène à la découvrir, à s’attacher à chacune de ses inflexions, de ses variations de tessiture ou de débit. Nous sommes alors "experts de la parole". Nous savons reconnaître les types de discours, débusquer la parole intime ou formatée dans une langue ou une voix inconnue.

Intelligent et foisonnant, ce projet emprunte aux collages de la musique contemporaine, au corps présent par une incarnation mémorable et le théâtre s’installe à la croisée des chemins. Parlement est inévitablement poétique et politique. Emmanuelle Lafon devient le haut-parleur idéal de la composition instantanée à laquelle nous souscrivons chaque jour pour éviter la folie. Un parfait rejeton de cette belle et bonne chose qu’est L’encyclopédie de la parole.


P.-S.

Image : Huma Rosentalski

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