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Théâtre de la Cité internationale

"Press" : manifeste inabouti contre l’oppression du corps et de l’esprit

dimanche 13 décembre 2009,
par Marie Juliette Verga


Inspirée de textes d’Etgar Keret [1], la création londonienne de Pierre Rigal, met en scène un employé de bureau haut de gamme enchaîné aux automatismes de ses mouvements et lentement écrasé par la diminution de son espace vital.

Simplification épurée d’un théâtre à l’italienne, une boîte ouverte occupe le centre du plateau. Seul en piste, Pierre Rigal, entre en complicité avec une chaise pliante et une curieuse lampe d’architecte, acoquinée à une caméra de surveillance. Menacé par un dispositif mécanique et magnétique, cerné par les stridences électroniques d’un beau travail de musique live [2], son personnage, en sursis, comme chacun de nous, tente de s’accommoder de cette situation. Il va, tour après tour, se révolter et lutter, faire bonne figure, essayer d’amadouer le système qui l’oppresse, trouver des astuces corporelles et articulaires. De l’abattement au pied de nez, la gamme est ouverte et parcourue.

Après Erection [3], magnifique récit d’un homme étendu au sol et de son long passage à la position debout, Press présente un homme qui ne peut plus être erectus. La difficulté de s’ériger, de se tenir droit et debout, à la fois due à l’environnement quotidien et à ses limites propres, peut rappeler le Contremoi [4] de Tsirihaka Harrivel dans lequel était littéralement mise en balance la pesanteur du corps, ses limites et la liberté de mouvement. On regrette que le dispositif de Press reste souvent un décor au lieu de prendre l’ampleur d’un contexte de mouvement. Toutefois, quelques minutes sont précieuses : celles qui le voient marcher aux murs, celles qui escamotent entièrement sa tête et sa nuque, et surtout celles qui utilisent les parois pour glisser au sol. Ces dernières, à elles seules, valent l’intérêt que suscite la pièce en répondant à l’absurde : « Comment tourner rond dans une pièce carrée ? »

S’il ne réinvente pas les lois de la gravité [5], le sens de l’humour visuel et le décalage poétique de l’ancien coureur de fond toulousain font de Press un spectacle plaisant. Si le propos sur l’oppression est compris plutôt que réellement ressenti, les postures incongrues, empruntées au cinéma burlesque ou aux comédies musicales de Fred Astaire, offrent un pas de côté, une expérimentation valable des possibles plaisanteries corporelles à opposer à nos enfermements.

Jamais on ne ressent le corps se disloquer, céder sous la pression extérieure. Pourtant la tragédie annoncée a lieu ; le danseur disparaît entre le sol et le plafond, dévoilant du même coup que la presse n’était qu’une boîte à illusions.


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(c) Frédéric Stoll (c) Frédéric Stoll (c) Frédéric Stoll (c) Frédéric Stoll (c) Frédéric Stoll (c) Frédéric Stoll

Notes

[1] Etgar Keret est un écrivain, scénariste de bandes dessinées et cinéaste israélien. En France, son travail littéraire est publié chez Acte Sud.

[2] Musique originale en direct de Nihil Bordures (collectif MxM, Christophe Rauck, …).

[3] Pierre Rigal et Aurélien Bory, 2005.

[4] Contremoi, questionnement sur l’abrutissement du quotidien dans Autres pistes, création dirigée par Kitsou Dubois (juillet 2009, TCI).

[5] Philippe Noisette, Les Echos, avril 2008.

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