Accueil du site > Critique > Rocío Molina, Oro Viejo

Rocío Molina, Oro Viejo

lundi 13 septembre 2010,
par Nicolas Villodre


À la distance où nous étions relégués, au rang X, si nos souvenirs sont bons, l’avant-dernier – en effet, pas de file Z en cet éphémère amphi, plastifié, pour ce qui est du mobilier, reconstitué pour quelques soirs au Palais Royal –, à la limite, par conséquent, de l’ « aire de rayonnement » de l’acteur ou, si vous préférez, de sa zone d’influence, que Jean-Louis Barrault estimait à vingt-cinq mètres maximum, on voyait plus la danse que la danseuse.

Cette dernière, Rocío Molina, jeune Malagueña au gabarit d’infante et au corps rebondi, a chorégraphié et interprété son spectacle Oro Viejo étrenné en France au festival de flamenco de Nîmes l’hiver dernier, programmé à Paris par le festival estival fin juillet. Nous l’avions observée de près et, en quelque sorte, déjà bel et bien « repérée » à Chaillot en 2008 où elle avait éclipsé deux bailaoras et non des moindres : Merche Esmeralda et Belén Maya.

Oro Viejo se présente comme un spectacle de music-hall à l’ancienne – très 1900, finalement –, une sorte de comédie-ballet, de « vaudeville », d’opérette, de musical, de zarzuela, de show cabaretier ou de caf’conc, un revival de ce que les spécialistes de la chose appellent « opera flamenca ». Avec une succession de sketches autonomes, de numéros pantomimiques plus ou moins comiques, de solos, de duos et de trios de la danseuse avec ses deux partenaires du moment : David Coria et Adrian Santana. Avec des chants, le cas échéant, a capella, interprétés par la puissante Rosario, dite « La Tremendita », des airs d’autrefois et une playlist de tunes sud-américains gravés sur la cire du temps, des compositions guitaristiques jouées par les duettistes et quasiment duellistes Rafael Rodríguez « Cabeza » et Paco Cruz, sans oublier une démo époustouflante du percussionniste Sergio Martínez qui, à l’aide d’une simple boîte à boucles électroniques, parvient à remplacer les Pink floyd au grand complet !

Malgré la conception surannée du show, quelque faiblesse ici ou là – le spectacle n’est pas encore tout à fait rôdé –, l’aspect ornemental, futile, distrayant des danses d’hommes, qu’on le veuille ou non, réduits à un rôle de faire-valoir, quelque minauderie ou gaminerie, quelque ratage sur le plan artistique comme la version symphonique, alentie prétentieuse et pompeuse de « Maria de la O », Rocío Molina passe une nouvelle fois la rampe de la scène tout en plaçant la barre très haut. Elle ne se contente en effet pas… d’effets faciles et/ou virtuoses mais innove en une matière balisée, normée et même souvent « bornée ». Elle invente et produit en direct live une gestuelle inédite. Et cela sans imiter qui que ce soit. Sans « galvaniser » – on sait que la poupine blondine dansa, entre autres, avec Israel Galván…

Sa danse vive aux mouvements surprenants, facilitée sans doute – comme les dribbles d’un Lionel Messi – par un centre de gravité situé assez bas, ne s’encombre d’aucune fioriture distrayante. Son braceo est pur. La mitraille de son zapateado n’est pas un vain mot. Là où Galván fait dans la brisure – dans tous les sens du mot – , d’autres, moins talentueux, que nous ne nommerons pas, dans la pose, la posture et même l’imposture, la jeune femme fait dans le fluide. Ses pirouettes et ses voltes sont remarquables, légères, dignes d’une Pilar Lopez.

Les intermèdes vidéographiques qui se substituent à une scénographie « en dur », signés David Picazo et Marta Azparren sont, pour une fois, réussis et, qui plus est, justifiés, ne serait-ce que par le titre du show. Ils sont simples, en noir et blanc, muets et parlants à la fois – métaphoriques, si vous préférez. L’image très poétique d’une pluie d’or fin s’écoulant en un jet de douche lumineuse sur le visage de la danseuse contraste avec celle, apocalyptique, du nuage de cendres qui recouvrait le torse de Galván dans sa dernière pièce vue cette saison au Théâtre de la Ville. Elle conclut en beauté cet excellent spectacle.

Conception : Rocío Molina et David Picazo,

Chorégraphie : Rocío Molina et Laura Rozalén,
Danseurs : Rocío Molina, David Coria, Adrian Santana,

Chant : Rosario « La Tremendita »,

Guitaristes : Rafael Rodríguez « Cabeza », Paco Cruz,
Percussions : Sergio Martínez,
Palmas : Vanesa Coloma, Guadalupe Torres,
Vidéo : David Picazo, Marta Azparren,
Lumière : Ruben Camacho,
Son : Enrique Cabañas.


Répondre à cet article




événements  |   Focus  |   Critique  |   Reportage  |   Formation  |   Médias  |   Auditions  |   Forum  |  
Suivre la vie du site RSS 2.0   |  Espace privé  |  Infos légales  |  Contact