dimanche 19 juin 2011,
par
Comme son nom l’indique, le festival June Events inventé par Carolyn Carlson en 2006 et animé par Anne Sauvage ne fait pas dans le spectacle tout cuit (ready made !), mais est ouvert à différentes formes d’interventions artistiques, à des représentations spéciales et autres « performances » uniques, autant que faire se peut, adaptées aux lieux et circonstances – en plein air, si le temps le permet, au chaud, dans l’une des salles de théâtre ou de répétition de la Cartoucherie de Vincennes.
La chorégraphe australienne Rosalind Crisp, formée au classique et au contemporain, passée par le Contact Improvisation et le Body-Mind Centering®, associée à l’Atelier de Paris depuis 2004 (ainsi qu’à Isabelle Ginot), donne l’impression d’être en terrain connu, balisé ; elle paraît donc détendue, cool, au premier abord, du moins. Elle fait une entrée « en scène » surprenante, sur le plancher des vaches qu’est en l’espèce cette pelouse du parc vincennois, vêtue d’un pantalon casual en coton anthracite et d’un pull rouge assorti à des chaussettes de cardinal, la rendant suffisamment visible de loin (ou des spectateurs vraiment miros), tenant en laisse un poney (ou une ponette) d’assez belle taille – à mi-chemin entre Poly et Mr Ed, pour vous donner une idée plus précise.
Ce duo, première partie du triptyque La Belle et la bête, est un monologue de la danseuse antipodique ou un dialogue de sourds, l’animal, têtu comme une mule, n’en faisant qu’à sa tête et n’ayant cure ni de la présence du public ni de l’agitation sans queue nie tête de sa partenaire de jeu, préférant se goinfrer jusqu’à plus soif d’herbe fraîche et, le temps de la brève escapade hors de son enclos, butiner sans cabotiner ni discontinuer, brouter l’intégralité de la parcelle de terrain choisie pour la qualité de son emplacement par la chorégraphe (au grand dam de Madame qui traitera même l’animal après coup de… cochon). Certes, ici ou là, on a bel et bien, sinon échange de bons procédés (opposition, choc visuel, reflet spéculaire, rapprochement anthropomorphe ou zoomorphe), du moins coïncidence gestuelle (cf. par exemple la secousse simultanée de crinières de la belle danseuse et de la bestiole insouciante qui provoque le rire de spectateurs bons enfants), comme il y a toujours des effets qui semblent prémédités dans l’aléatoire le plus absolu.
La danseuse a une qualité gestuelle rare. Elle alterne des mouvements relax et d’autres, bien plus… crispés, sans autre justification que la danse elle-même, ici et maintenant, cette fin d’après-midi d’été frisquet, éclairée simplement par un rayon solaire.
De la deuxième partie de la pièce, totalement occultée par une audience ayant préféré rester debout, on aura uniquement perçu le solo de batterie de l’excellent Luca Ramella. La danseuse Céline Debyser, déjà remarquée dans la perf de Myriam Gourfink au Grand Palais, les cheveux coupés ultra courts, soutenue par le guitariste chevronné Hansueli Tischhauser, enchaîne un finale infernal, à base de danse pure, brute, tonique, sans prétention – avec des passages amusants, des sursauts et quantité de rebondissements.
On était à l’unisson et le duo n’a jamais joué l’affrontement entre musique et danse – comme ce fut le cas, en 1980, entre la punkette balanchinienne Karole Armitage et le multi-instrumentiste Rhys Chatham, dans le duel intitulé Vertige. Ici, le guitar hero finit par se métamorphoser en danseur. Au bout de la dizaine de minutes que dure la séquence, il appuie sur sa pédale à boucles électroniques, tourne le dos à l’assistance et s’éloigne, la guitare sous un bras, la mignonne de l’autre. Le volume de la phrase musicale est rehaussé et le chorus ressassé ad libitum.
photo : Nicolas Villodre