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Festival Mimos 2009 - Périgueux

Un petit tour à Mimos

mardi 15 septembre 2009,
par Raphaël Blanchier, correspondant


Le programme de Mimos, le grand festival de mime de l’été à Périgueux (24), comporte trois catégories de spectacles : les Mim’in, payants, dans des salles de spectacle, les Mim’off, gratuits, dans la rue, et les intermédiaires, les Fringes, sur estrade temporaire. Et les rumeurs signalent que le public préfère encore la rue et ses éphémères arts du temps. Tandis qu’une blondinette joue Chopin, un mime en noir refait la genèse, jusqu’à l’épisode de la pomme, des « instants volés » (du nom de la compagnie) à Dieu, pour une création inspirée. L’espace se dessine et se recompose par l’alliance du geste, de l’expression du visage et des arabesques de la musique : créer autour de soi, non du chaos mais de l’absence et de soi-même est le pari du mime. La foule, innombrable, se presse dans les petites rues du vieux Périgueux, charmée par la musique ou attirée par l’attroupement, car pour bien voir, il faut être arrivé en avance.

Un peu plus loin, sur un air de ragtime – puisque les claviers ont fleuri sur le pavé pour l’occasion – , un élégant tente avec d’amusantes contorsions et rechutes de traîner sa femme titubante le long d’un tapis rouge. Ce dernier constitue un espace scénique très habilement exploité, tout en longueur, avec une porte dressée en son milieu, par laquelle entre le couple, la femme s’appuyant sur l’homme, par désir et pour ne pas tomber. La scène commence dès la « coulisse ». Mais ce tapis est aussi une allégorie du temps et une synthèse de la pièce puisque, à la fin, la chaise renversée, les chaussures mal rangées, et les vestes abandonnées gisent tout au long en un tableau-bande dessinée, marquant et rappelant les étapes de ce duo digne d’un bon comique muet.

Si nous rentrons maintenant dans la salle du Palace, nous trouvons une pièce étrange, Eshet (wife of), création de l’Etgar Theater, compagnie venue d’Israël. Sur la trame d’un épisode de l’Ancien Testament, les passions sont jouées, ou peut-être vaut-il mieux dire dansées par un couple de marionnettistes, qui portent devant eux le buste des personnages, et dans leur bouche successivement les visages chauves de Juda, ses trois fils et de l’héroïne, Tamar. Dans ce quatuor de passions, qui est aussi duo d’interprètes, ce n’est pas seulement le rapport des genres masculin/ féminin qui est en jeu, c’est aussi la dualité interprète/ personnage. Et malgré les distanciations fréquentes, par exemple, quand l’artiste saisit le masque dans ses mains pour le/ se regarder en face, malgré les ruptures, les changements de costume (de marionnettes) à vue, on s’attache infiniment aux personnages, on « croit » à l’histoire. Les interprètes ont pour leurs personnages et entre eux deux tant de tendresse qu’ils nous touchent sans difficulté. Et que dire de cette belle fin, où Tamar ôte son masque et révèle à son beau-père le rôle que, pour être reconnue et réhabilitée, elle vient de jouer. On ne regrette pas d’avoir quitté la lumière des rues et des pierres pour le noir du Palace. Un défaut toutefois, l’écart étrange entre le contenu du programme, promettant de la dénonciation de la condition de femme juive, et la pièce, sensible et touchante, accédant presque à l’universel. Presque car le texte biblique récité en hébreu et la traduction projetée sur scène étaient parfois un peu redondants avec le jeu des acteurs. De très agréables trouvailles de mise en scène, comme la projection « artisanale » de diapositives sur la grossesse de Tamar, les rallonges de la table, qui sont aussi et à la fois tiroirs, sépultures et marches, contribuent à la fraîcheur de la pièce. On reste ému par la présence des deux interprètes qui, plus qu’une histoire de marionnettes, nous ont offert un véritable pas de deux dansé.

Tandis que la soirée s’allonge, douce malgré la saison, et claire encore en ce début du mois d’août, on se dirige vers le Jardin de la Visitation pour une nouvelle pièce, Métamorphoses. Le titre, exceptionnellement galvaudé, est contrebalancé par un programme alléchant, laissant entrevoir, pourquoi pas, la possibilité d’une nouvelle approche du thème. La déception commence avant le spectacle : au lieu des trois solos annoncés, deux seulement seront donnés, l’une des interprètes étant blessée. Un premier solo se déploie, un homme démesuré, plié en deux, araignée, rat ou autre créature d’avant les hommes, explore un triangle blanc tracé sur le sol noir de l’estrade. Avec des expressions à la Paco-Decina-wild-life, il meut les épaules, les orteils, gigote les mains, entrecroise par moments quelques figures de hip hop : l’intention est claire, il s’agit de mêler danse contemporaine et hip hop. Le mélange des genres produit quelques bons effets, mais la musique tape un peu sur les nerfs. Dans le second solo, un gars en survêt’ exécute des tours de force, en hip hop pur, puis s’interrompt, fait mine de dialoguer au portable tout en continuant ses figures virtuoses, parfaitement exécutées au demeurant ; puis, s’adressant au public, il tient sans avoir l’air de le comprendre un discours banal sur la performance et la scène. Un peu de répit nous est alors accordé : les figures de hip hop sont exécutées au ralenti en synchronie avec des airs déchirants d’opéras italiens ; moment incontestablement puissant et le plus intéressant du spectacle. Malheureusement, après cela, la place était laissée à un bonus (censé compenser l’absence du troisième solo), composé exclusivement d’une compétition de virtuosité hip hop, en contradiction totale avec le bavard discours du second solo. La musique est vraiment mauvaise et cet étalage, quoique très bien maîtrisé, laisse un peu perplexe. En bref, la pièce construite sur trois solos, malgré de bons moments, semble avoir vraiment manqué de la présence féminine promise. La leçon de tout cela : trop de virtuosité nuit. Par ailleurs, l’absence de prétention et la fraîcheur des démonstrations de rue, toutes très séduisantes, peut rappeler à la scène que son lieu est partout, partout où il y a des artistes de spectacle vivant. Mimos, tout simplement.


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