mardi 15 février 2011,
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N’était l’accueil aussi chaleureux que le portail d’un goulag, la caissière qui vous rackette au passage, mine de rien, intraitable derrière son hygiaphone, vous oblige à prendre le forfait pour deux expos alors qu’on souhaite n’en voir qu’une, qu’on a même fait le détour et zigzagué dans le no man’s land qui sépare deux gares, la principale du Berlin contemporain et celle, magnifiquement reconvertie en musée il y a quelque temps déjà mais qui, dans les Années folles, celles qui nous intéressent, embarquait les passagers pour Hambourg, et, par-dessus le marché, un gardien en uniforme qui rapplique fissa, sans doute alerté par un signal crypté émis par la mégère ou par son coup de pédale le sonnant discrètement, façon Dr Mabuse, tout ça pour dire qu’on est sommé d’allonger la somme, en l’occurrence ou en l’espèce, de faire un frottis de carte bleue en sus et, tant qu’on y est, un tapotement de PIN qui n’était pas initialement prévu au programme – 12 euros, c’est pas rien, mais si ça peut les rendre heureux, après tout –, n’étaient ces vexations inutiles et infantilisantes, d’une autre époque, déplacées dans un lieu consacré à l’art, le Hamburger Bahnhof pourrait bien être la plus belle galerie de la capitale allemande, l’un des espaces les plus prestigieux d’Europe.
L’exposition Valeska Gert, puisque c’est de cela, et pas d’autre chose, qu’il s’agit, perchée dans les trois minuscules salles du grenier, est riquiqui, qui plus est parasitée par des œuvres pour le moins hors sujet (la pelle du 18 juin du général Duchamp, les oeufs percés, pas tous mis dans le même panier, d’un autre Marcel, Broodthaers, les photos de l’artiste d’avant-garde autrichienne Valie Export, etc.), mais valait le déplacement.
Aucun fétiche ou presque de la dame – si ce n’est un livre avec un portrait d’elle en couverture et la plaquette d’une manifestation qui lui fut consacrée il y a plusieurs années de cela. Le reste n’est pas littérature mais imagerie. La grande figure du cabaret berlinois des années vingt, l’extraordinaire mime, la danseuse excentrique, la comédienne expressive du muet et sans doute excessive pour le parlant est montrée sous toutes ses facettes. Il faut reconnaître qu’elle était extrêmement photogénique.
Des extraits de films, donc, de Renoir à Fellini ou Schlöndorff, on en Pabst et des meilleurs…
Dans le merveilleux documentaire de Volker Schlöndorff, Valeska Gert parle de l’admiration que lui vouait Eisenstein en personne – génie du 7e art dont on ignorait jusque-là son attirance pour le beau sexe – lequel tenait absolument à tourner avec elle. Dommage pour elle comme pour nous que ce projet n’ait pas abouti.
Lorsqu’on observe Valeska au côté de la grande Greta (à la dentition pas encore refaite selon les normes en vigueur du côté de la côte californienne), on ne voit que cette première ou plutôt que ce second rôle en train de voler la vedette à la star des stars – du moins jusqu’à Marilyn.
Un moniteur diffuse en boucle quelques expressions, mimiques ou grimaces du visage plastique, malléable, modulable, modelable de Gert. Cette face blafarde, pure incrustation, ce visage sans corps est, comme dirait l’autre, l’ami Freud, d’une inquiétante étrangeté, d’une dérangeante beauté. Il n’y a pas d’autre mot pour désigner la cinégénie portée à un tel degré d’intensité.
Cette remémoration qui a pour prétexte la parution du livre de Wofgang Müller, Gert - Ästhetik der Präsenzen, a été l’occasion de découvrir un film de danse, ou plutôt une vidéo, que nous ne connaissions pas, qui fut réalisée en 1969 par un pionnier allemand de l’image électronique, Ernst Mitzka. Ce clip présente une régression enfantine de Valeska Gert, un numéro intitulé Das Baby. Une autre vidéo-danse, hors champ (non exposée) du même auteur et de la même année s’intitule Tod.